CONSTRUCTIONS (résumé)
LA MAISON
PAYSANNE ET SES MATERIAUX DE CONSTRUCTION, A LA FIN DU MOYEN-AGE.
MASURES
A partir de 1300 dans les textes
fiscaux, le terme « maison » désigne la
demeure rurale paysanne et remplace les mots
« hostise » et
« pourpris ». Cette maison
s’élève toujours sur un terrain appelé
« masure ». Le sens que nous donnons
aujourd’hui au mot « masure » est apparu au
cours de la guerre de Cent Ans. Les combats ayant endommagés de
nombreuses demeures, « masure » prit le sens de
terrain où se trouve une maison en ruine. A la fin du Moyen Age,
à Paris (1) , le mot « masure »
désigne les maisons où il n’y a plus ni tuile ni merrien où les
murs sont « cheus
et fondus ».
A Villiers-le-Bel (2) vers 1420, les maisons ou
les masures débouchent en général
sur une rue du village. On trouve plusieurs fois
la mention de maisons dites « sur la rue » ou « tenant à la rue ».
Pour le cas général, l’habitation paysanne et ses
annexes semblent occuper la largeur de la masure, de telle sorte que
les maisons d’un même côté sont mitoyennes. La
superficie d’une seule masure nous est donnée en 1428,
elle mesure deux quartiers et demi (2637 m²). On en pressent de
plus petites : « Guillot Baillet pour sa petite masure, au pignon de sa maison… ». En
1196, le seigneur (3) installe dans le village 32 nouvelles familles
sur huit arpents de terre (33760 m² soit 3,37 ha), soit des
masures d’un quartier chacune (1055 m²).
Dans l’esprit des scribes qui
rédigèrent les actes concernant Villiers-le-Bel vers
1420, la masure est parfois confondue avec la maison et les
bâtiments d’exploitation construits dessus, même si
nous ne sommes pas sûrs qu’une habitation soit construite
sur toutes les masures. Ainsi Thomas Girart possède une masure « où est à présent la grange » (4)
, Raoul de Garges [88] possède le même
bien 12 ans plus tard, la masure est devenue « maison où est à présent la grange » (5) .
En conclusion, la masure serait ici un terrain à bâtir,
que les constructions soient ou non élevées.
CHAUMIERES
En
1487, la toiture de la « maison
Saint Didier » ayant
besoin de réparations, les marguilliers (6) paient
16 sols parisis pour le fauchage d’une « cheriotte » et
17 bottes de paille de seigle. Ils
paient la même somme à un
couvreur pour avoir employé le chaume à recouvrir
ladite maison. Le prieuré de Villiers-le-Bel étant
parmi les plus riches de la région, ce n’est
pas par simple mesure d’économie que les marguilliers
font couvrir en chaume la maison paroissiale mais plutôt
par conformité aux usages du lieu et du moment.
En
1494, on achète des tuiles pour mettre sur le toit
de la maison Saint Didier. Nous pourrions penser assister
au remplacement du chaume par la tuile. Il n’en
est rien, en 1495 le couvreur touche 12 sols « pour
sa peine d’avoir couvert une travée de chaume
de la maison Saint Didier ».
Celui-ci utilise 112 bottes de paille et une « cheriotte » payées
9 sols parisis. 2 sols et 8 deniers paient le transport du
chaume et 12 deniers l’achat
de branches (hais) et
de liens d’osier ou de paille (ployons).
L’année suivante
on couvre « le demeurant de la maison
Saint Didier de chaume, qui est d’un peu moins de
deux travées » avec « deux
cheriottes de chaume ». Il
apparaît clairement ici, que
l’on couvre les locaux d’habitation de
la maison, sans savoir, il est vrai, si ces deux petites
travées en constituent l’extension
maximum, ni si le toit possède
une ou deux pentes.
Le terme « maison Saint
Didier » recouvre une réalité que nous avons
du mal à cerner ; plusieurs corps de bâtiments
attenants, de fonctions diverses et de couvertures
différenciées sont regroupées sous ce nom. Cet
unique exemple d’une chaumière à Villiers-le-Bel
vers 1500 ne permet pas d’évaluer le nombre de
bâtiments couverts en chaume après 1400. L’existence
de couvertures de paille encore vers 1800, permet d’en pressentir
l’importance au Moyen Age. A Paris même (1) , la couverture
de chaume est attestée vers 1400. Par contre, la tuile est
utilisée de façon certaine au XV° siècle, pour
la couverture de l’église.
MURS
DE PLÂTRE
Plutôt que composés de colombages,
les murs de cette maison paysanne sont plus sûrement
constitués de pierres prises dans du plâtre, mode de
construction encore utilisé vers 1800. En tant que porteur
vertical, le bois est inutile dans ces murs qui dépassent
souvent un mètre d’épaisseur à leur base
comme nous le montrent les plus vieilles maisons du village encore
debout.
En 1486, les marguilliers paient 2 sols parisis à un plâtrier « pour trois mines
de plâtre qu’il a baillé pour employer à la
maison Saint Didier » (6) . Quelques années plus
tard, de plus grosses réparations nécessitent
l’achat de « six muids cinq setiers et mine de plâtre cuit, en poudre »
pris dans deux plâtrières de Villiers-le-Bel et
payés 62 sols 5 deniers parisis. Le transport coûte 24
sols parisis et sa mise en œuvre 4 livres 16 sols parisis « tant à faire les gros murs que les planchers ».
La mention est explicite, bien qu’on aimerait plus de
détails quant aux modalités de mise en œuvre.
Malgré la relative importance
du chantier, on remarque l’absence d’achat de poutres de
bois, marquant probablement sa faible utilisation dans
l’édifice. Ce matériau est surtout
réservé à la charpente, aux planchers, aux
linteaux des portes et fenêtres. Son prix élevé
amenait les habitants à réutiliser les anciennes poutres.
Le plâtre sert à faire
les « gros murs », soit
les murs extérieurs et
les éventuels murs
de refends. Ce matériau
entre dans la fabrication des planchers. Il sert probablement à combler
les vides entre les solives ainsi que le montrent
des exemples de l’architecture traditionnelle
régionale. Il n’est
pas exclu que le plâtre ait été utilisé à la
confection du sol même, remplaçant dallage
ou carrelage dont on ne trouve pas la trace dans cette
documentation. La quantité importante de matière
première achetée,
vingt-cinq ou vingt-six tonnes, donne à penser à une
reconstruction au moins partielle de la maison paroissiale
en 1494.
PORTES ET
SERRURES
Vers
1400, les textes recèlent très peu d’indications
sur l’organisation de ces chaumières aux murs
de plâtre. Plusieurs fois, les portes sont mentionnées
afin d’aider à la localisation :
- Gillet Amelot [46] tient une maison « l’endroit
ou soulloit être la porte
devant la croix ». – Guillemain
Malot [49] tient un « closel emprès
la porte de sa maison ». – Jean
De La Fontaine [75], bourgeois, possède une
masure et jardin tenant à la
porte et cour d’une autre maison qu’il
possède
(5).
Si, pour les deux premières
mentions, nous avons affaire à la porte de la maison proprement
dite, il s’agit probablement pour le troisième, de la
porte de la cour. Cette disposition est vérifiée pour une
maison tenue par Pierre Bardon [90], bourgeois : « La
Vieille Maison depuis la jambe de la grand porte de devers icelle
maison… et de la jambe jusque au jardin dudit
seigneur » (5) . Cours et jardins étaient
probablement fermés de murs. En ce qui concerne ces derniers,
nous disposons d’un bail de 1404 qui mentionne « une maison et jardin clos de murs, sise devant la fontaine » (7) .
Portes
d’habitation ou portes de cour, celles-ci étaient
sûrement solides ; notre référence en
la matière sera encore une fois la maison paroissiale,
seule maison commune pour laquelle nous possédions quelques éléments
de description. En l’occasion, les marguilliers paient
2 sols parisis et 3 tournois au maréchal « pour
avoir fait une bande de fer et pour avoir raiguisé le
pinot et mis une semelle à l ’huys de
la maison Saint Didier » (6).
Une serrure apparaît sur l’une des portes de la maison
paroissiale ; les marguilliers paient 8 deniers 2 tournois à un
serrurier de Saint-Denis, pour avoir fait « une
clef neuve et mis au point la serrure de l’huys de la petit
chambre de la maison Saint Didier… » (6).
Des
serrures apparaissent sur le tronc
et les trois portes de l’église (6). Les clefs et les
serrures sont assez courantes dans les maisons paysannes comme
l’atteste l’archéologie de villages
désertés tel Dracy (8) en Côte-d’Or,
où les éléments de serrurerie en fer sont nombreux
(dix-neuf clefs pour une seule maison) et évoquent des demeures
aux portes soigneusement verrouillées, où les biens les
plus précieux sont enfermés dans des coffres
fermés.
FENETRES ET TREILLIS.
Cette comptabilité fait
apparaître une commande de « treillis »
destinés à la maison paroissiale. Ces treillis
correspondent aux grilles qui étaient scellées dans la
maçonnerie pour empêcher le passage par une ouverture,
tout en laissant entrer la lumière. La maison Saint Didier
possédait donc des fenêtres !
Cette maison se conformait en cela
à ce que les chroniqueurs de l’époque nous
apprennent de la demeure paysanne. Le « Bourgeois
de Paris »
raconte comment les Anglais, vers la fin du mois d’août
1435, vinrent assiéger Saint-Denis : « A
faire leurs logis, dépecèrent les maisons de Saint-Ouen,
d’Aubervilliers, de La Chapelle, bref de tous les villages
d’entour, qu’il n’y demeura ni huis, ni
fenêtre, ni treillis de fer… » (9).
Ces ouvrages simples, sont réalisés par le forgeron
local, dans l’un des cas, celui-ci récupère une
pièce déposée et l’adapte aux nouvelles
dimensions de l’ouverture en la rallongeant. L’un des
treillis destiné à la maison Saint Didier
nécessite 7 livres et demie de fer pour obturer
l’ouverture correspondante (6). En fonction de la densité
de ce métal (7,88), le forgeron put produire une barre de fer
d’une section carrée de 1,5 x 1,5 cm et d’une
longueur de 2,20 mètres ; avec le même poids de
métal, s’il fabriqua une barre plus grosse il obtint une
moindre longueur. De cette barre de 2,20 mètres il put produire
quatre barreaux de 55 cm chacun. Ils servirent probablement à
fabriquer une grille composée de deux éléments
verticaux et deux éléments horizontaux. Si l’on
réserve 5 cm à chaque extrémité pour
effectuer les scellements, on obtient une grille pouvant obturer une
ouverture carrée de 45 cm de côté. Un homme aurait
pu trouver là un passage pour s’introduire dans la demeure.
CHEMINEES
La cheminée apparaît dans les comptes de la fabrique lors de l’acquisition
de « deux hottes
de tuillaux pour refaire l’ euchaste de la cheminée de
ladite maison ». Tuiles et tuileaux sont payés 5
sols parisis. L’emploi de termes différents rend
probablement compte de deux types de matériaux de terre cuite,
la tuile couvrant le toit et le tuileau garnissant l’âtre
(6). Le conduit d’évacuation des fumées
était sûrement constitué d’un coffrage de
tuileaux établi dans l’épaisseur des murs.
Au-dessus de la toiture, la cheminée se termine par une souche
de plâtre. On paie 10 sols parisis au maçon pour
l’emploi de « six setiers et mine
de plâtre à refaire les cheminées de la maison
Saint Didier, au-dessus de la couverture… » (6).
BATIMENTS RURAUX VOISINS.
Village
confinant à Villiers-le-Bel,
le Plessis-Gassot vit effectuer en 1521 un « procès
verbal de prisée
et estimation de toutes les maisons» de
la seigneurie (10). Une équipe d’experts
et de notables commença sa tâche par
la description des trois manoirs, centres des trois
fiefs les plus importants. Outre la description
assez précise
des lieux, ce procès-verbal indique
les dimensions au sol et les élévations
des bâtiments,
la nature des toitures et, ce qui est exceptionnel,
la composition des murs.
Description :
L’hôtel
seigneurial dufief de Billy consiste
en un corps d’hôtel
maçonné de terre enduit de
plâtre
dedans et dehors, couvert de tuiles, contenant
6 travées
de 12 toises et de 15 pieds de large, sur
3 toises1/2 de haut depuis le rez-de-chaussée.
Auquel il y a 8 travées
de plancher. Une petite croisée de
cave pour loger 8 ou 10 muids de vin. Tout
ce corps d’hôtel
est en ruine. Une vis hors
d’œuvre mesurant 9 pieds.
7 travées de grange contenant 14 toises de long et
15 pieds de large, sur 15 pieds de haut sous « tretz ».
4 travées sont couvertes de chaume et le reste de tuiles.
Maçonnée de terre et pierres enduites en partie
de plâtre. Avec une cour, où sont les édifices,
close de muraille de terre et pierres enduites en partie de
plâtre.
L’hôtel du fief de Buffières consiste
en un corps de maison contenant 3 travées de 6
toises de long et de 16 pieds de large, sur 3 toises
1/2 de haut. Construction garnie de deux planchers, maçonné de
terre et pierres enduites de plâtre.
Couvert de tuiles.
Une bergerie couverte de chaume, maçonnée
de terre et pierres enduites en partie de plâtre
contenant 7 toises1/2 de long et 14 pieds de
large, sur 15 pieds de haut. Au bout de la
bergerie il y a une petite maison contenant
environ 2 toises 1/2 de long, de la largeur
et hauteur de la bergerie et couverte de chaume.
Une grange couverte de chaume, maçonnée
de terre et de pierres enduites de plâtre, contenant
6 travées de 12 toises de
long sur 20 pieds de large et 15 pieds de haut. Un
petit jardin derrière la grange, cour et « pourpris » de
la maison contenant 1 arpent.
L’hôtel
seigneurial de Saucourt consiste
en un corps d’hôtel ancien, maçonné de
terre et pierres. Enduit de tout côté de
plâtre, couvert de tuiles,
contenant 14 toises de long, 20 pieds 1/2 de large sur
14 toises de haut, sous la gouttière.
En bas : une petite salle, une grande cuisine,
un bouge pour le fermier, un fournil et une petite cave
dessous pour loger 6 muids de vin. En haut :
4 chambres et au-dessus, les greniers.
Un pavillon joignant,
aussi couvert de tuiles et maçonné de
terre et pierres, contenant 3 toises et 4 toises 1/2
de haut. En bas : une petite salle. En haut, 2
chambres l’une sur l’autre
et petit grenier au-dessus.
Une grange et un colombiersur le portail de la grange, couverte de tuiles, maçonnée
de plâtre et pierres. La grange
contenant 6 travées de 12 toises de long et
de 22 de large, sur 3 toises de haut. Le colombier
comprend 2 petites travées de 18 pieds
et mesure 4 toises de haut.
15 travées de bergerie et étable mesurant 10 pieds de haut sous gouttières
et 14 pieds de large. Avec la cour, le tout
mesure 1/2 arpent.
Un jardin clos de murailles de terre, appelé la
Garenne, tenant à la maison de Saucourt, planté en
partie en arbres fruitiers et l’autre
partie en coudriers. Le jardin contient 9 arpents
et le bois taillis 8 arpents.
LES MATERIAUX ET LEUR MISE EN
OEUVRE AU PLESSIS-GASSOT.
DIMENSION
DES POUTRES
On remarquera l’équivalent de deux
toises qui est donné pour l’estimation
de la travée courante soit quatre mètres.
Les poutres de la charpente du toit mesurent donc
au minimum 4 mètres pour les pannes.
Les murs
gouttereaux de l’ensemble des bâtiments
sont espacés de 4,55 mètres à 6,65
mètres, mesures effectuées à l’intérieur
des locaux. Les poutres utilisées pour la construction
des planchers ou employés comme entraits des
fermes de la toiture doivent mesurer de 5 à 7
mètres et les arbalétriers des fermes
de la toiture de 3,60 mètres à 5,30
mètres. L’hôtel de Billy, qui contient six travées
de toiture, mesure 23,50 mètres de long. Ses
planchers sont divisés en huit travées
par sept poutres. Ses solives mesurent donc (23,50 :
8) un peu moins de 3 mètres. Les sections de
ces bois, généralement de chênes
ou de châtaigniers, sont choisies en fonction
des portées à franchir, de la charge à supporter
et de l’aide d’éventuels poteaux
de bois ou de piliers maçonnés.
MACONNERIES
La grande majorité des murs, tant d’habitations
que des locaux agricoles, sont dits « maçonnés
de terre et pierre, enduit de plâtre »,
leur épaisseur n’est pas mentionnée.
Le mode de construction des murs mettant en œuvre
pierre et argile, est bien connu de l’archéologie
des villages désertés français.
A Dracy (Côte d’Or) et à Essertines
(Loire) les murs des maisons paysannes de la fin du
Moyen Age apparaissent constitués de deux parements
de blocs non équarris. Les moellons sont disposés
en lits assez réguliers et liés d’une
argile jaune. Les murs porteurs sont en général, épais
de 0,90 mètre, mais cette largeur tombe parfois à 0,70
mètre (11). Ici, un enduit de plâtre
est appliqué sur
les parements des murs dont la structure devait être
très proche des exemples bourguignons et foréziens
cités. L’utilisation de ce matériau,
très abondant dans la région évitait
le lessivage des façades par les eaux de pluie.
De plus, le plâtre permettait d’approcher
l’apparence de la pierre de taille, matériau
noble, qui correspondait mieux à la qualité des
possesseurs de ces trois manoirs ruraux. Les performances
des murs liées de terre
et enduits de plâtre sont assez intéressantes.
L’élévation des murs gouttereaux
correspondant aux locaux d’habitations est comprise
entre 6,80 mètres et 8,80 mètres.
Doit-on considérer que le plâtre était
exclusivement utilisé en enduit superficiel ?
Le texte nous en apporte un démenti formel.
La grange de l’hôtel de Saucourt est expressément
mentionnée comme étant « maçonnée
de plastre et pierres ». L’édifice
est agrémenté d’un pigeonnier
mesurant 5,85 mètres de façade, aménagé sur
le portail du bâtiment. Les murs du pigeonnier
culminent à 7,80 mètres. L’ensemble
est couvert de tuile.
HAUTEUR SOUS PLAFOND
Ces trois demeures comprennent des étages.
L’hôtel de Buffières comprend deux
planchers. Il devient donc possible d’estimer
les hauteurs moyennes sous plafond. Les planchers
traditionnels, superposant poutres et solives, mesurent
0,40 mètre d’épaisseur au minimum.
Il nous reste 6 mètres habitables que l’on
ne peut que répartir également entre
les trois niveaux, soit 2 mètres par étage.
En supposant que le rez-de-chaussée ne soit
pas excavé et que le dernier étage ne
soit pas lambrissé, les hauteurs sous plafond
nous apparaissent étonnamment restreintes,
surtout pour de nobles demeures. L’hôtel
de Saucourt, présente
une élévation de 7,80 mètres
sous les gouttières, un pavillon annexe se
développe sur 8,77 mètres d’élévation
et comprend trois niveaux d’habitation. Les
hauteurs sous plafonds seraient ici comprises entre
3,50 mètres et 2,52 mètres. Ces trois
bâtiments sont surmontés de greniers
couverts d’une toiture de tuile. Les locaux
agricoles sont, pour la plupart, construits de la
même manière mais leurs murs gouttereaux
sont moins élevés, généralement
4,85 mètres. La grande bergerie-étable
de l’hôtel
de Saucourt se développe au sol sur 58,50 mètres,
ses gouttereaux ne dépassent pas 3,25 mètres.
Ces élévations sont plus que suffisantes
pour loger du bétail, aussi peut-on penser
que l’espace était recoupé en
hauteur afin de permettre l’installation de
greniers permettant de recevoir le fourrage d’hiver.
La plupart des locaux agricoles sont couverts de chaume,
sauf la grange de l’hôtel de Saucourt
et trois des sept travées de la grange de l’hôtel
de Billy.
CONSTRUCTIONS PAYSANNES ?
Les
techniques employées ici sont suffisamment
peu chères pour que les paysans les aient employé.
A l’évidence, il faut les considérer
comme étant d’origine populaire et seulement
transposées à des constructions dont
seules le statut du propriétaire et les dimensions
des bâtiments instaurent une différence.
Rien ne s’oppose à ce que les maisons
paysannes du Plessis-Gassot aient été construites
de la même façon, malheureusement le
document ne nous fournit pas les mêmes indications
pour les demeures rustiques. Le scribe s’étant
contenté d’énumérer succinctement
les différents locaux sans donner leurs dimensions.
Seules les estimations de prix permettent une comparaison
entre la demeure noble et la maison paysanne. Bien
qu’en ruine, l’hôtel de Billy
est estimé à 360 livres tournois; l’hôtel
de Buffières à 250 livres tournois.
Les maisons paysannes se placent sur une toute autre échelle
de valeur. Pour un petit corps d’hôtel
neuf, une petite grange, une partie des bergeries
et d’une cour, le bien de la veuve de Jean Trotet
est estimé à 13 livres 2 sols 6 deniers
tournois. La maison, cour, colombier et jardin du
laboureur Etienne Bonnevie sont estimés à 6
livres 22 deniers et une obole tournois. Enfin, les
bergeries et la travée de grange de Jean Le
Vacher sont estimées à 6 livres et 5
sols tournois. Le rapport de valeur moyen, entre les
manoirs et les maisons paysannes, est de 1 à 55.
COHABITATIONS
Deux
mondes s’opposent par le style de vie
et le niveau de richesse. Mais aussi, deux mondes
se rencontrent dans ces manoirs rustiques aux allures
de grosses fermes. Les paysans sont d’ailleurs
présents comme le suggèrent les importants
locaux agricoles. Ils sont présents jusque
dans le manoir. Car en fait, cette petite maison qui
prolonge la bergerie de l’hôtel de Buffières,
ne serait-elle pas la demeure du berger ? Elle
mesure 4,90 mètres sur 4,55 mètres au
sol, pour une élévation de ses murs
gouttereaux de 4,90 mètres. Elle est couverte
d’un toit de chaume régnant avec celui
de la bergerie qui lui est contigu. L’élévation
de ses murs est suffisante pour que l’on puisse
envisager l’existence d’un étage
surmonté d’un grenier. Ces manoirs étaient également
des centres d’exploitation agricole dont la
gestion était
confiés à des fermiers. La description
du rez-de-chaussée de l’Hôtel de
Saucourt fait apparaître les locaux laissés à l’usage
de l’intendant. Celui-ci disposait d’une
petite salle, d’une grande cuisine, d’un
cellier, d’un fournil et, peut-être, d’une
petite cave. Nous avons ici esquissé les demeures
des deux extrêmes de la société villageoise,
d’un côté le laboureur-fermier,
riche entrepreneur agricole, de l’autre le berger,
un employé parmi d’autres, probablement
pas le plus mal loti.
USURE DES BATIMENTS
L’hôtel
de Saucourt est « ancien »,
probablement inhabitable. L’hôtel de Billy
est « fort caduque et en ruyne ».
Ces indices nous incitent à croire à une
construction originelle avant 1360. Les documents
viennent au secours de notre spéculation. En
1439, Pierre de Chauvigny, chevalier, seigneur de
Saulcourt, chambellan du roi, concède un bail à deux
vies à Guillaume Le Maignen, sergent d’armes
du roi, pour « un hôtel, manoir,
cour, grange, étable, jardin, colombier, masures
et appartenances. Un autre hôtel, manoir, cour,
colombier, grange et jardin et appartenances, qui
de présent sont en ruine, appelé l’hôtel
de Billy. Le preneur sera tenu de maintenir les dits
hôtels en la manière qui s’en suit :
c’est assavoir l’hôtel, manoir et
appartenances… bien et convenablement de toutes
réparations ; et, au regard de hôtel
de Billy, qui est en partie démoli, maintenir
ce qui est à présent en état.
Le preneur pourra toutefois, si bon lui semble, ôter
la tuile de la couverture de l’hôtel de
Billy, la vendre et des deniers qui en sortiront,
les convertir aux réparations de l’hôtel
de Billy qui sera couvert de chaume… » (transcription
modernisée) (12)
Le premier manoir décrit est l’hôtel
de Saucourt (Saulcourt) dont Pierre de Chauvigny est
seigneur. Encore en bon état en 1439, il sera
qualifié d’ancien un siècle plus
tard. Sa construction remonte probablement aux alentours
de 1360. Quand à l’hôtel de Billy,
il est déjà en mauvais état en
1439. Son déclassement social, puisque passant
d’un chambellan royal à un sergent d’arme,
se traduit par un déclassement qualitatif de
la construction, le chaume apparaissant là où régnait
la tuile. On peut considérer que la reconstruction
totale ou partielle du bâtiment visible en 1521,
date de cette période. Au passage, on abandonna
le pigeonnier que l’on ne retrouve plus au début
du XVI° siècle, mais par contre on maintint
la tuile malgré l’autorisation de substitution.
Si bien qu’il est difficile, au vue du document
de 1521, de savoir si c’est la tuile qui colonise
le chaume, modernisant une toiture ancienne, ou si
le chaume chasse un matériau jugé trop
onéreux.
QUELQUES CARACTERES
DE L’ARCHITECTURE RURALE
A LA FIN DU MOYEN-AGE
Cette large digression dans l’habitation seigneuriale nous a
permis de préciser les modes de construction dans les campagnes
au nord de Paris, vers 1400. Ces techniques, qui présentent un
caractère rustique assez prononcé, étaient certainement
mises en œuvre au niveau de la construction paysanne. On insistera
encore une fois sur l’absence de porteurs verticaux de bois, que
la minutieuse description des enquêteurs n’aurait pas manqué de
relever.
La maison Saint Didier de Villiers-le-Bel comprend : une partie
habitation comptant au moins un étage révélé par
la mention de travaux aux planchers ; et probablement de locaux
annexes de type cellier ou étables qui ne sont pas tous expressément
mentionnés. Le logement est couvert d’une toiture de chaume à laquelle
on fait d’assez fréquents travaux, les dépendances
sont couvertes de tuiles.
Sans pouvoir généraliser les observations faites sur
cette maison commune à vocation non agricole, mais en ayant en
mémoire la rusticité des manoirs du Plessis-Gassot, nous
pouvons penser que la maison villageoise de la fin du Moyen Age est souvent
un bâtiment couvert avec la paille récoltée par chacun
des habitants dans ses champs. Cette pratique, liée à l’utilisation
de charpentes à base de branches, et donc moins exigeante que
pour la tuile nécessitant poutres, chevrons et liteaux soigneusement équarris,
présentait l’avantage du moindre coût. La tuile put
toutefois être utilisée par les plus aisés des villageois.
Si les techniques de construction des bâtiments ruraux de 1360 à 1800,
en Pays-de-France, sont quelque peu précisées, il n’en
est pas de même du plan de la maison médiévale, ni
même de son élévation. La mention de la « Haulte
Maison », tenue par un noble, renvoie probablement les
maisons paysannes environnantes vers des élévations plus
modestes. De la même façon, en ce qui concerne les dimensions
du bâti, Jean Du Fresnoy (noble) possède, en 1416, une « petite » maison,
devant la croix, attenante à sa « grande » maison.
Qu’elle comprenne un étage ou seulement un rez-de-chaussée,
cette maison aux murs épais est surmontée d’un grenier
où sont serrées les récoltes. Une cour et un jardin,
tous deux fermés de murs, lui sont souvent accolés. Les
caves sont rarement mentionnées, pourtant elles devaient bien
exister dans ce village de vignerons. Les granges sont tout aussi discrètes
alors que la culture des céréales ne fait pas de doute.
Leur existence va peut-être tellement de soit que le vocabulaire
lapidaire des textes fiscaux nous les dissimule probablement, en ne mentionnant
quasiment que des maisons et des masures.
EVOLUTION
Autour de 1300, et probablement bien avant, la plupart des murs porteurs étaient élaborés à partir
de pierres liées de terre, recouverts ou non d’un enduit
de plâtre. A partir de 1450, le plâtre se substituerait à l’argile
dans la liaison des pierres entre elles. Cette technique se prolongera
jusque vers 1800, époque à laquelle un mortier de sable
et de chaux semble prendre le relais et s’imposer dans la fabrication
des gros murs.
Cette ligne générale d’évolution marque
le recours à des mortiers présentant de meilleures performances,
au fur et à mesure de l’enrichissement relatif de la paysannerie.
On passe ainsi de la construction élaborée à partir
de matériaux que chacun est à même de trouver facilement
dans les environs du village et dans ses champs (déchets de carrière,
récupération de pierres sur des bâtiments en ruine,
terre glaise, paille, branches, etc.) à des techniques utilisant
de plus en plus le plâtre, la tuile, la chaux, le bois façonné qui,
généralement, devront être achetés à des
artisans spécialisés dans leur transformation. On serait
passé ainsi progressivement, de la maison pour « rien » à la
maison qui « coûte ».
(1) Simone ROUX – La construction courante à Paris
du milieu du XIV° siècle à la fin du
XV° siècle, pages 175 à 189. In :
La construction au Moyen Age – 1973.
(2) Archives
Nationales(3) Musée Condé, Chantilly.
Série
BC Carton
(4) Archives Nationales – S
2440 (1416)
(5) Archives Nationales – (1428)
(6) Archives Départementales
du Val-d’Oise – G
1041 (1486-1499).
(7) Archives Nationales – S
2105 (1404)
(8) Jean-Marie PESEZ – L’habitation
paysanne en Bourgogne, page 228. In : La construction
au Moyen Age – 1973.
(9) Journal d’un
Bourgeois de Paris , 1405-1449, éd.
A. TUETEY, 1881, page 307.
(10) Archives Nationales – S
3688 A (10 août
1521).
(11) Archéologie du village
déserté,
collectif, 1970, 2 vol.
(12) Archives Nationales – S
3688 A. « Colart
de Billy est seigneur du Plessis-Gassot en 1363.
En 1404, Marie du Plessis-Gassot rend aveu et dénombrement
du fief de Billy à Regnault de Sarcourt (Saucourt),
seigneur de Jagny et de Sarcourt. »
Résumé :
A partir de 1300 dans les textes fiscaux,
le terme « maison » désigne
la demeure rurale paysanne. Cette maison s’élève
sur un terrain appelé « masure ».
Le sens que nous donnons aujourd’hui au mot « masure » est
apparu au cours de la guerre de Cent Ans. Les combats
ayant endommagés de nombreuses demeures, « masure » prit
le sens de terrain où se trouve une maison en
ruine.
A Villiers-le-Bel vers 1420, l’habitation
paysanne et ses annexes occupent la largeur de la masure,
les maisons d’un même côté de
rue sont mitoyennes. Les pierres maçonnées
d’argile et recouvertes de plâtre servent à faire
les murs porteurs. Le bois ne semble pas être
employé comme
porteur vertical dans les murs, il est utilisé pour
la charpente du toit et les planchers. Les portes étaient
fermées de serrures. De petites dimensions,
les fenêtres étaient fermées de
grilles pour empêcher toute intrusion dans la
maison. L’habitation
est équipée d’un âtre construit
en tuileaux. Sur le toit, une souche de cheminée évacue
les fumées. Le plan, l’élévation,
le nombre d’étage, de ces maisons rurales
médiévales restent souvent inconnu.
La
maison rurale de la fin du Moyen Age semble souvent
couverte avec la paille récoltée par
chacun des habitants dans ses champs. Cette pratique,
liée à l’utilisation
de charpentes à base de branches, et donc moins
exigeante que pour la tuile nécessitant des
bois soigneusement équarris, présentait
l’avantage
du moindre coût. La tuile put être utilisée
par les villageois aisés. Cette maison aux murs épais
est surmontée
d’un grenier où sont serrées les
récoltes et complétée d’une
cave voûtée où loger les tonneaux,
bien que les mentions explicites en soient rares. Des
dépendances lui sont généralement
associées : grange, cellier, étable,
etc. Une cour et un jardin, tous deux fermés de
murs, lui sont souvent accolés.
De 1400 à 1800,
on passera de la construction élaborée à partir
de matériaux que chacun était à même
de trouver facilement dans les environs du village et
dans ses champs (déchets de carrière, récupération
de pierres sur des bâtiments en ruine, terre glaise,
paille, branches, etc.) à des techniques utilisant
de plus en plus le plâtre, la tuile, la chaux,
le bois façonné qui, généralement,
devront être achetés à des artisans
spécialisés dans leur transformation. On
passera ainsi progressivement, de la maison pour « rien » à la
maison qui « coûte ».
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