TABLEAU COMPARATIF
DES MATERIAUX DE CONSTRUCTION DES MANOIRS DU PLESSIS-GASSOT (95) AU XVI° SIECLE

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CONSTRUCTIONS  (résumé)


LA MAISON PAYSANNE ET SES MATERIAUX DE CONSTRUCTION, A LA FIN DU MOYEN-AGE.
                     

MASURES

A partir de 1300 dans les textes fiscaux, le terme « maison » désigne la demeure rurale paysanne et remplace les mots « hostise » et « pourpris ». Cette maison s’élève toujours sur un terrain appelé « masure ». Le sens que nous donnons aujourd’hui au mot « masure » est apparu au cours de la guerre de Cent Ans. Les combats ayant endommagés de nombreuses demeures, « masure » prit le sens de terrain où se trouve une maison en ruine. A la fin du Moyen Age, à Paris (1) , le mot « masure » désigne les maisons où il n’y a plus ni tuile ni merrien où les murs sont «  cheus et fondus  ».

A Villiers-le-Bel (2) vers 1420, les maisons ou les masures débouchent en général sur une rue du village. On trouve plusieurs fois la mention de maisons dites « sur la rue » ou « tenant à la rue ». Pour le cas général, l’habitation paysanne et ses annexes semblent occuper la largeur de la masure, de telle sorte que les maisons d’un même côté sont mitoyennes. La superficie d’une seule masure nous est donnée en 1428, elle mesure deux quartiers et demi (2637 m²). On en pressent de plus petites : « Guillot Baillet pour sa petite masure, au pignon de sa maison… ». En 1196, le seigneur (3) installe dans le village 32 nouvelles familles sur huit arpents de terre (33760 m² soit 3,37 ha), soit des masures d’un quartier chacune (1055 m²).

Dans l’esprit des scribes qui rédigèrent les actes concernant Villiers-le-Bel vers 1420, la masure est parfois confondue avec la maison et les bâtiments d’exploitation construits dessus, même si nous ne sommes pas sûrs qu’une habitation soit construite sur toutes les masures. Ainsi Thomas Girart possède une masure « où est à présent la grange » (4) , Raoul de Garges [88] possède le même bien 12 ans plus tard, la masure est devenue « maison où est à présent la grange » (5) . En conclusion, la masure serait ici un terrain à bâtir, que les constructions soient ou non élevées.

CHAUMIERES

En 1487, la toiture de la « maison Saint Didier » ayant besoin de réparations, les marguilliers (6) paient 16 sols parisis pour le fauchage d’une «  cheriotte » et 17 bottes de paille de seigle. Ils paient la même somme à un couvreur pour avoir employé le chaume à recouvrir ladite maison. Le prieuré de Villiers-le-Bel étant parmi les plus riches de la région, ce n’est pas par simple mesure d’économie que les marguilliers font couvrir en chaume la maison paroissiale mais plutôt par conformité aux usages du lieu et du moment.

En 1494, on achète des tuiles pour mettre sur le toit de la maison Saint Didier. Nous pourrions penser assister au remplacement du chaume par la tuile. Il n’en est rien, en 1495 le couvreur touche 12 sols « pour sa peine d’avoir couvert une travée de chaume de la maison Saint Didier ». Celui-ci utilise 112 bottes de paille et une « cheriotte » payées 9 sols parisis. 2 sols et 8 deniers paient le transport du chaume et 12 deniers l’achat de branches (hais) et de liens d’osier ou de paille (ployons). L’année suivante on couvre « le demeurant de la maison Saint Didier de chaume, qui est d’un peu moins de deux travées » avec « deux cheriottes de chaume ». Il apparaît clairement ici, que l’on couvre les locaux d’habitation de la maison, sans savoir, il est vrai, si ces deux petites travées en constituent l’extension maximum, ni si le toit possède une ou deux pentes.

Le terme « maison Saint Didier » recouvre une réalité que nous avons du mal à cerner ; plusieurs corps de bâtiments attenants, de fonctions diverses et de couvertures différenciées sont regroupées sous ce nom. Cet unique exemple d’une chaumière à Villiers-le-Bel vers 1500 ne permet pas d’évaluer le nombre de bâtiments couverts en chaume après 1400. L’existence de couvertures de paille encore vers 1800, permet d’en pressentir l’importance au Moyen Age. A Paris même (1) , la couverture de chaume est attestée vers 1400. Par contre, la tuile est utilisée de façon certaine au XV° siècle, pour la couverture de l’église.

MURS DE PLÂTRE

Plutôt que composés de colombages, les murs de cette maison paysanne sont plus sûrement constitués de pierres prises dans du plâtre, mode de construction encore utilisé vers 1800. En tant que porteur vertical, le bois est inutile dans ces murs qui dépassent souvent un mètre d’épaisseur à leur base comme nous le montrent les plus vieilles maisons du village encore debout.

En 1486, les marguilliers paient 2 sols parisis à un plâtrier « pour trois mines de plâtre qu’il a baillé pour employer à la maison Saint Didier » (6) . Quelques années plus tard, de plus grosses réparations nécessitent l’achat de « six muids cinq setiers et mine de plâtre cuit, en poudre » pris dans deux plâtrières de Villiers-le-Bel et payés 62 sols 5 deniers parisis. Le transport coûte 24 sols parisis et sa mise en œuvre 4 livres 16 sols parisis « tant à faire les gros murs que les planchers ». La mention est explicite, bien qu’on aimerait plus de détails quant aux modalités de mise en œuvre.

Malgré la relative importance du chantier, on remarque l’absence d’achat de poutres de bois, marquant probablement sa faible utilisation dans l’édifice. Ce matériau est surtout réservé à la charpente, aux planchers, aux linteaux des portes et fenêtres. Son prix élevé amenait les habitants à réutiliser les anciennes poutres.

Le plâtre sert à faire les «  gros murs », soit les murs extérieurs et les éventuels murs de refends. Ce matériau entre dans la fabrication des planchers. Il sert probablement à combler les vides entre les solives ainsi que le montrent des exemples de l’architecture traditionnelle régionale. Il n’est pas exclu que le plâtre ait été utilisé à la confection du sol même, remplaçant dallage ou carrelage dont on ne trouve pas la trace dans cette documentation. La quantité importante de matière première achetée, vingt-cinq ou vingt-six tonnes, donne à penser à une reconstruction au moins partielle de la maison paroissiale en 1494.

PORTES ET SERRURES

Vers 1400, les textes recèlent très peu d’indications sur l’organisation de ces chaumières aux murs de plâtre. Plusieurs fois, les portes sont mentionnées afin d’aider à la localisation : - Gillet Amelot [46] tient une maison « l’endroit ou soulloit être la porte devant la croix ». – Guillemain Malot [49] tient un « closel emprès la porte de sa maison ». – Jean De La Fontaine [75], bourgeois, possède une masure et jardin tenant à la porte et cour d’une autre maison qu’il possède (5).

Si, pour les deux premières mentions, nous avons affaire à la porte de la maison proprement dite, il s’agit probablement pour le troisième, de la porte de la cour. Cette disposition est vérifiée pour une maison tenue par Pierre Bardon [90], bourgeois : « La Vieille Maison depuis la jambe de la grand porte de devers icelle maison… et de la jambe jusque au jardin dudit seigneur » (5) . Cours et jardins étaient probablement fermés de murs. En ce qui concerne ces derniers, nous disposons d’un bail de 1404 qui mentionne « une maison et jardin clos de murs, sise devant la fontaine » (7) .  

Portes d’habitation ou portes de cour, celles-ci étaient sûrement solides ; notre référence en la matière sera encore une fois la maison paroissiale, seule maison commune pour laquelle nous possédions quelques éléments de description. En l’occasion, les marguilliers paient 2 sols parisis et 3 tournois au maréchal « pour avoir fait une bande de fer et pour avoir raiguisé le pinot et mis une semelle à l ’huys de la maison Saint Didier » (6).
Une serrure apparaît sur l’une des portes de la maison paroissiale ; les marguilliers paient 8 deniers 2 tournois à un serrurier de Saint-Denis, pour avoir fait « une clef neuve et mis au point la serrure de l’huys de la petit chambre de la maison Saint Didier… » (6).

Des serrures apparaissent sur le tronc et les trois portes de l’église (6). Les clefs et les serrures sont assez courantes dans les maisons paysannes comme l’atteste l’archéologie de villages désertés tel Dracy (8) en Côte-d’Or, où les éléments de serrurerie en fer sont nombreux (dix-neuf clefs pour une seule maison) et évoquent des demeures aux portes soigneusement verrouillées, où les biens les plus précieux sont enfermés dans des coffres fermés.

FENETRES ET TREILLIS.

Cette comptabilité fait apparaître une commande de « treillis » destinés à la maison paroissiale. Ces treillis correspondent aux grilles qui étaient scellées dans la maçonnerie pour empêcher le passage par une ouverture, tout en laissant entrer la lumière. La maison Saint Didier possédait donc des fenêtres !

Cette maison se conformait en cela à ce que les chroniqueurs de l’époque nous apprennent de la demeure paysanne. Le «  Bourgeois de Paris » raconte comment les Anglais, vers la fin du mois d’août 1435, vinrent assiéger Saint-Denis : « A faire leurs logis, dépecèrent les maisons de Saint-Ouen, d’Aubervilliers, de La Chapelle, bref de tous les villages d’entour, qu’il n’y demeura ni huis, ni fenêtre, ni treillis de fer… » (9).

Ces ouvrages simples, sont réalisés par le forgeron local, dans l’un des cas, celui-ci récupère une pièce déposée et l’adapte aux nouvelles dimensions de l’ouverture en la rallongeant. L’un des treillis destiné à la maison Saint Didier nécessite 7 livres et demie de fer pour obturer l’ouverture correspondante (6). En fonction de la densité de ce métal (7,88), le forgeron put produire une barre de fer d’une section carrée de 1,5 x 1,5 cm et d’une longueur de 2,20 mètres ; avec le même poids de métal, s’il fabriqua une barre plus grosse il obtint une moindre longueur. De cette barre de 2,20 mètres il put produire quatre barreaux de 55 cm chacun. Ils servirent probablement à fabriquer une grille composée de deux éléments verticaux et deux éléments horizontaux. Si l’on réserve 5 cm à chaque extrémité pour effectuer les scellements, on obtient une grille pouvant obturer une ouverture carrée de 45 cm de côté. Un homme aurait pu trouver là un passage pour s’introduire dans la demeure.

CHEMINEES

La cheminée apparaît dans les comptes de la fabrique lors de l’acquisition de « deux hottes de tuillaux pour refaire l’ euchaste de la cheminée de ladite maison ». Tuiles et tuileaux sont payés 5 sols parisis. L’emploi de termes différents rend probablement compte de deux types de matériaux de terre cuite, la tuile couvrant le toit et le tuileau garnissant l’âtre (6). Le conduit d’évacuation des fumées était sûrement constitué d’un coffrage de tuileaux établi dans l’épaisseur des murs. Au-dessus de la toiture, la cheminée se termine par une souche de plâtre. On paie 10 sols parisis au maçon pour l’emploi de « six setiers et mine de plâtre à refaire les cheminées de la maison Saint Didier, au-dessus de la couverture… » (6).

BATIMENTS RURAUX VOISINS.

Village confinant à Villiers-le-Bel, le Plessis-Gassot vit effectuer en 1521 un « procès verbal de prisée et estimation de toutes les maisons» de la seigneurie (10). Une équipe d’experts et de notables commença sa tâche par la description des trois manoirs, centres des trois fiefs les plus importants. Outre la description assez précise des lieux, ce procès-verbal indique les dimensions au sol et les élévations des bâtiments, la nature des toitures et, ce qui est exceptionnel, la composition des murs.

Description :

L’hôtel seigneurial dufief de Billy consiste en un corps d’hôtel maçonné de terre enduit de plâtre dedans et dehors, couvert de tuiles, contenant 6 travées de 12 toises et de 15 pieds de large, sur 3 toises1/2 de haut depuis le rez-de-chaussée. Auquel il y a 8 travées de plancher. Une petite croisée de cave pour loger 8 ou 10 muids de vin. Tout ce corps d’hôtel est en ruine. Une vis hors d’œuvre mesurant 9 pieds.
7 travées de grange contenant 14 toises de long et 15 pieds de large, sur 15 pieds de haut sous «  tretz ». 4 travées sont couvertes de chaume et le reste de tuiles. Maçonnée de terre et pierres enduites en partie de plâtre. Avec une cour, où sont les édifices, close de muraille de terre et pierres enduites en partie de plâtre.

L’hôtel du fief de Buffières consiste en un corps de maison contenant 3 travées de 6 toises de long et de 16 pieds de large, sur 3 toises 1/2 de haut. Construction garnie de deux planchers, maçonné de terre et pierres enduites de plâtre. Couvert de tuiles.
Une bergerie couverte de chaume, maçonnée de terre et pierres enduites en partie de plâtre contenant 7 toises1/2 de long et 14 pieds de large, sur 15 pieds de haut. Au bout de la bergerie il y a une petite maison contenant environ 2 toises 1/2 de long, de la largeur et hauteur de la bergerie et couverte de chaume.
Une grange couverte de chaume, maçonnée de terre et de pierres enduites de plâtre, contenant 6 travées de 12 toises de long sur 20 pieds de large et 15 pieds de haut. Un petit jardin derrière la grange, cour et «  pourpris » de la maison contenant 1 arpent.

L’hôtel seigneurial de Saucourt consiste en un corps d’hôtel ancien, maçonné de terre et pierres. Enduit de tout côté de plâtre, couvert de tuiles, contenant 14 toises de long, 20 pieds 1/2 de large sur 14 toises de haut, sous la gouttière.
En bas : une petite salle, une grande cuisine, un bouge pour le fermier, un fournil et une petite cave dessous pour loger 6 muids de vin. En haut : 4 chambres et au-dessus, les greniers.
Un pavillon joignant, aussi couvert de tuiles et maçonné de terre et pierres, contenant 3 toises et 4 toises 1/2 de haut. En bas : une petite salle. En haut, 2 chambres l’une sur l’autre et petit grenier au-dessus.
Une grange et un colombiersur le portail de la grange, couverte de tuiles, maçonnée de plâtre et pierres. La grange contenant 6 travées de 12 toises de long et de 22 de large, sur 3 toises de haut. Le colombier comprend 2 petites travées de 18 pieds et mesure 4 toises de haut.
15 travées de bergerie et étable mesurant 10 pieds de haut sous gouttières et 14 pieds de large. Avec la cour, le tout mesure 1/2 arpent.
Un jardin clos de murailles de terre, appelé la Garenne, tenant à la maison de Saucourt, planté en partie en arbres fruitiers et l’autre partie en coudriers. Le jardin contient 9 arpents et le bois taillis 8 arpents.

LES MATERIAUX ET LEUR MISE EN OEUVRE AU PLESSIS-GASSOT.

DIMENSION DES POUTRES

On remarquera l’équivalent de deux toises qui est donné pour l’estimation de la travée courante soit quatre mètres. Les poutres de la charpente du toit mesurent donc au minimum 4 mètres pour les pannes.
Les murs gouttereaux de l’ensemble des bâtiments sont espacés de 4,55 mètres à 6,65 mètres, mesures effectuées à l’intérieur des locaux. Les poutres utilisées pour la construction des planchers ou employés comme entraits des fermes de la toiture doivent mesurer de 5 à 7 mètres et les arbalétriers des fermes de la toiture de 3,60 mètres à 5,30 mètres. L’hôtel de Billy, qui contient six travées de toiture, mesure 23,50 mètres de long. Ses planchers sont divisés en huit travées par sept poutres. Ses solives mesurent donc (23,50 : 8) un peu moins de 3 mètres. Les sections de ces bois, généralement de chênes ou de châtaigniers, sont choisies en fonction des portées à franchir, de la charge à supporter et de l’aide d’éventuels poteaux de bois ou de piliers maçonnés.

MACONNERIES

La grande majorité des murs, tant d’habitations que des locaux agricoles, sont dits « maçonnés de terre et pierre, enduit de plâtre », leur épaisseur n’est pas mentionnée. Le mode de construction des murs mettant en œuvre pierre et argile, est bien connu de l’archéologie des villages désertés français. A Dracy (Côte d’Or) et à Essertines (Loire) les murs des maisons paysannes de la fin du Moyen Age apparaissent constitués de deux parements de blocs non équarris. Les moellons sont disposés en lits assez réguliers et liés d’une argile jaune. Les murs porteurs sont en général, épais de 0,90 mètre, mais cette largeur tombe parfois à 0,70 mètre (11). Ici, un enduit de plâtre est appliqué sur les parements des murs dont la structure devait être très proche des exemples bourguignons et foréziens cités. L’utilisation de ce matériau, très abondant dans la région évitait le lessivage des façades par les eaux de pluie. De plus, le plâtre permettait d’approcher l’apparence de la pierre de taille, matériau noble, qui correspondait mieux à la qualité des possesseurs de ces trois manoirs ruraux. Les performances des murs liées de terre et enduits de plâtre sont assez intéressantes. L’élévation des murs gouttereaux correspondant aux locaux d’habitations est comprise entre 6,80 mètres et 8,80 mètres.

Doit-on considérer que le plâtre était exclusivement utilisé en enduit superficiel ? Le texte nous en apporte un démenti formel. La grange de l’hôtel de Saucourt est expressément mentionnée comme étant « maçonnée de plastre et pierres ». L’édifice est agrémenté d’un pigeonnier mesurant 5,85 mètres de façade, aménagé sur le portail du bâtiment. Les murs du pigeonnier culminent à 7,80 mètres. L’ensemble est couvert de tuile.

HAUTEUR SOUS PLAFOND


Ces trois demeures comprennent des étages. L’hôtel de Buffières comprend deux planchers. Il devient donc possible d’estimer les hauteurs moyennes sous plafond. Les planchers traditionnels, superposant poutres et solives, mesurent 0,40 mètre d’épaisseur au minimum. Il nous reste 6 mètres habitables que l’on ne peut que répartir également entre les trois niveaux, soit 2 mètres par étage. En supposant que le rez-de-chaussée ne soit pas excavé et que le dernier étage ne soit pas lambrissé, les hauteurs sous plafond nous apparaissent étonnamment restreintes, surtout pour de nobles demeures. L’hôtel de Saucourt, présente une élévation de 7,80 mètres sous les gouttières, un pavillon annexe se développe sur 8,77 mètres d’élévation et comprend trois niveaux d’habitation. Les hauteurs sous plafonds seraient ici comprises entre 3,50 mètres et 2,52 mètres. Ces trois bâtiments sont surmontés de greniers couverts d’une toiture de tuile. Les locaux agricoles sont, pour la plupart, construits de la même manière mais leurs murs gouttereaux sont moins élevés, généralement 4,85 mètres. La grande bergerie-étable de l’hôtel de Saucourt se développe au sol sur 58,50 mètres, ses gouttereaux ne dépassent pas 3,25 mètres. Ces élévations sont plus que suffisantes pour loger du bétail, aussi peut-on penser que l’espace était recoupé en hauteur afin de permettre l’installation de greniers permettant de recevoir le fourrage d’hiver. La plupart des locaux agricoles sont couverts de chaume, sauf la grange de l’hôtel de Saucourt et trois des sept travées de la grange de l’hôtel de Billy.

CONSTRUCTIONS PAYSANNES  ?

Les techniques employées ici sont suffisamment peu chères pour que les paysans les aient employé. A l’évidence, il faut les considérer comme étant d’origine populaire et seulement transposées à des constructions dont seules le statut du propriétaire et les dimensions des bâtiments instaurent une différence. Rien ne s’oppose à ce que les maisons paysannes du Plessis-Gassot aient été construites de la même façon, malheureusement le document ne nous fournit pas les mêmes indications pour les demeures rustiques. Le scribe s’étant contenté d’énumérer succinctement les différents locaux sans donner leurs dimensions. Seules les estimations de prix permettent une comparaison entre la demeure noble et la maison paysanne. Bien qu’en ruine, l’hôtel de Billy est estimé à 360 livres tournois; l’hôtel de Buffières à 250 livres tournois. Les maisons paysannes se placent sur une toute autre échelle de valeur. Pour un petit corps d’hôtel neuf, une petite grange, une partie des bergeries et d’une cour, le bien de la veuve de Jean Trotet est estimé à 13 livres 2 sols 6 deniers tournois. La maison, cour, colombier et jardin du laboureur Etienne Bonnevie sont estimés à 6 livres 22 deniers et une obole tournois. Enfin, les bergeries et la travée de grange de Jean Le Vacher sont estimées à 6 livres et 5 sols tournois. Le rapport de valeur moyen, entre les manoirs et les maisons paysannes, est de 1 à 55.

COHABITATIONS

Deux mondes s’opposent par le style de vie et le niveau de richesse. Mais aussi, deux mondes se rencontrent dans ces manoirs rustiques aux allures de grosses fermes. Les paysans sont d’ailleurs présents comme le suggèrent les importants locaux agricoles. Ils sont présents jusque dans le manoir. Car en fait, cette petite maison qui prolonge la bergerie de l’hôtel de Buffières, ne serait-elle pas la demeure du berger ? Elle mesure 4,90 mètres sur 4,55 mètres au sol, pour une élévation de ses murs gouttereaux de 4,90 mètres. Elle est couverte d’un toit de chaume régnant avec celui de la bergerie qui lui est contigu. L’élévation de ses murs est suffisante pour que l’on puisse envisager l’existence d’un étage surmonté d’un grenier. Ces manoirs étaient également des centres d’exploitation agricole dont la gestion était confiés à des fermiers. La description du rez-de-chaussée de l’Hôtel de Saucourt fait apparaître les locaux laissés à l’usage de l’intendant. Celui-ci disposait d’une petite salle, d’une grande cuisine, d’un cellier, d’un fournil et, peut-être, d’une petite cave. Nous avons ici esquissé les demeures des deux extrêmes de la société villageoise, d’un côté le laboureur-fermier, riche entrepreneur agricole, de l’autre le berger, un employé parmi d’autres, probablement pas le plus mal loti.

USURE DES BATIMENTS

L’hôtel de Saucourt est « ancien », probablement inhabitable. L’hôtel de Billy est « fort caduque et en ruyne ». Ces indices nous incitent à croire à une construction originelle avant 1360. Les documents viennent au secours de notre spéculation. En 1439, Pierre de Chauvigny, chevalier, seigneur de Saulcourt, chambellan du roi, concède un bail à deux vies à Guillaume Le Maignen, sergent d’armes du roi, pour « un hôtel, manoir, cour, grange, étable, jardin, colombier, masures et appartenances. Un autre hôtel, manoir, cour, colombier, grange et jardin et appartenances, qui de présent sont en ruine, appelé l’hôtel de Billy. Le preneur sera tenu de maintenir les dits hôtels en la manière qui s’en suit : c’est assavoir l’hôtel, manoir et appartenances… bien et convenablement de toutes réparations ; et, au regard de hôtel de Billy, qui est en partie démoli, maintenir ce qui est à présent en état. Le preneur pourra toutefois, si bon lui semble, ôter la tuile de la couverture de l’hôtel de Billy, la vendre et des deniers qui en sortiront, les convertir aux réparations de l’hôtel de Billy qui sera couvert de chaume… » (transcription modernisée) (12)

Le premier manoir décrit est l’hôtel de Saucourt (Saulcourt) dont Pierre de Chauvigny est seigneur. Encore en bon état en 1439, il sera qualifié d’ancien un siècle plus tard. Sa construction remonte probablement aux alentours de 1360. Quand à l’hôtel de Billy, il est déjà en mauvais état en 1439. Son déclassement social, puisque passant d’un chambellan royal à un sergent d’arme, se traduit par un déclassement qualitatif de la construction, le chaume apparaissant là où régnait la tuile. On peut considérer que la reconstruction totale ou partielle du bâtiment visible en 1521, date de cette période. Au passage, on abandonna le pigeonnier que l’on ne retrouve plus au début du XVI° siècle, mais par contre on maintint la tuile malgré l’autorisation de substitution. Si bien qu’il est difficile, au vue du document de 1521, de savoir si c’est la tuile qui colonise le chaume, modernisant une toiture ancienne, ou si le chaume chasse un matériau jugé trop onéreux.

QUELQUES CARACTERES DE L’ARCHITECTURE RURALE A LA FIN DU MOYEN-AGE

Cette large digression dans l’habitation seigneuriale nous a permis de préciser les modes de construction dans les campagnes au nord de Paris, vers 1400. Ces techniques, qui présentent un caractère rustique assez prononcé, étaient certainement mises en œuvre au niveau de la construction paysanne. On insistera encore une fois sur l’absence de porteurs verticaux de bois, que la minutieuse description des enquêteurs n’aurait pas manqué de relever.

La maison Saint Didier de Villiers-le-Bel comprend : une partie habitation comptant au moins un étage révélé par la mention de travaux aux planchers ; et probablement de locaux annexes de type cellier ou étables qui ne sont pas tous expressément mentionnés. Le logement est couvert d’une toiture de chaume à laquelle on fait d’assez fréquents travaux, les dépendances sont couvertes de tuiles.

Sans pouvoir généraliser les observations faites sur cette maison commune à vocation non agricole, mais en ayant en mémoire la rusticité des manoirs du Plessis-Gassot, nous pouvons penser que la maison villageoise de la fin du Moyen Age est souvent un bâtiment couvert avec la paille récoltée par chacun des habitants dans ses champs. Cette pratique, liée à l’utilisation de charpentes à base de branches, et donc moins exigeante que pour la tuile nécessitant poutres, chevrons et liteaux soigneusement équarris, présentait l’avantage du moindre coût. La tuile put toutefois être utilisée par les plus aisés des villageois.

Si les techniques de construction des bâtiments ruraux de 1360 à 1800, en Pays-de-France, sont quelque peu précisées, il n’en est pas de même du plan de la maison médiévale, ni même de son élévation. La mention de la « Haulte Maison », tenue par un noble, renvoie probablement les maisons paysannes environnantes vers des élévations plus modestes. De la même façon, en ce qui concerne les dimensions du bâti, Jean Du Fresnoy (noble) possède, en 1416, une « petite » maison, devant la croix, attenante à sa « grande » maison.

Qu’elle comprenne un étage ou seulement un rez-de-chaussée, cette maison aux murs épais est surmontée d’un grenier où sont serrées les récoltes. Une cour et un jardin, tous deux fermés de murs, lui sont souvent accolés. Les caves sont rarement mentionnées, pourtant elles devaient bien exister dans ce village de vignerons. Les granges sont tout aussi discrètes alors que la culture des céréales ne fait pas de doute. Leur existence va peut-être tellement de soit que le vocabulaire lapidaire des textes fiscaux nous les dissimule probablement, en ne mentionnant quasiment que des maisons et des masures.

EVOLUTION

Autour de 1300, et probablement bien avant, la plupart des murs porteurs étaient élaborés à partir de pierres liées de terre, recouverts ou non d’un enduit de plâtre. A partir de 1450, le plâtre se substituerait à l’argile dans la liaison des pierres entre elles. Cette technique se prolongera jusque vers 1800, époque à laquelle un mortier de sable et de chaux semble prendre le relais et s’imposer dans la fabrication des gros murs.

Cette ligne générale d’évolution marque le recours à des mortiers présentant de meilleures performances, au fur et à mesure de l’enrichissement relatif de la paysannerie. On passe ainsi de la construction élaborée à partir de matériaux que chacun est à même de trouver facilement dans les environs du village et dans ses champs (déchets de carrière, récupération de pierres sur des bâtiments en ruine, terre glaise, paille, branches, etc.) à des techniques utilisant de plus en plus le plâtre, la tuile, la chaux, le bois façonné qui, généralement, devront être achetés à des artisans spécialisés dans leur transformation. On serait passé ainsi progressivement, de la maison pour « rien » à la maison qui « coûte ».

(1) Simone ROUX – La construction courante à Paris du milieu du XIV° siècle à la fin du XV° siècle, pages 175 à 189. In : La construction au Moyen Age – 1973.
(2) Archives Nationales(3) Musée Condé, Chantilly. Série BC Carton
(4) Archives Nationales – S 2440 (1416)
(5) Archives Nationales – (1428)
(6) Archives Départementales du Val-d’Oise – G 1041 (1486-1499).
(7) Archives Nationales – S 2105 (1404)
(8) Jean-Marie PESEZ – L’habitation paysanne en Bourgogne, page 228. In : La construction au Moyen Age – 1973.
(9) Journal d’un Bourgeois de Paris , 1405-1449, éd. A. TUETEY, 1881, page 307.
(10) Archives Nationales – S 3688 A (10 août 1521).
(11) Archéologie du village déserté, collectif, 1970, 2 vol.
(12) Archives Nationales – S 3688 A. « Colart de Billy est seigneur du Plessis-Gassot en 1363. En 1404, Marie du Plessis-Gassot rend aveu et dénombrement du fief de Billy à Regnault de Sarcourt (Saucourt), seigneur de Jagny et de Sarcourt. »

Résumé :

A partir de 1300 dans les textes fiscaux, le terme « maison » désigne la demeure rurale paysanne. Cette maison s’élève sur un terrain appelé « masure ». Le sens que nous donnons aujourd’hui au mot « masure » est apparu au cours de la guerre de Cent Ans. Les combats ayant endommagés de nombreuses demeures, « masure » prit le sens de terrain où se trouve une maison en ruine.
A Villiers-le-Bel vers 1420, l’habitation paysanne et ses annexes occupent la largeur de la masure, les maisons d’un même côté de rue sont mitoyennes. Les pierres maçonnées d’argile et recouvertes de plâtre servent à faire les murs porteurs. Le bois ne semble pas être employé comme porteur vertical dans les murs, il est utilisé pour la charpente du toit et les planchers. Les portes étaient fermées de serrures. De petites dimensions, les fenêtres étaient fermées de grilles pour empêcher toute intrusion dans la maison. L’habitation est équipée d’un âtre construit en tuileaux. Sur le toit, une souche de cheminée évacue les fumées. Le plan, l’élévation, le nombre d’étage, de ces maisons rurales médiévales restent souvent inconnu.
La maison rurale de la fin du Moyen Age semble souvent couverte avec la paille récoltée par chacun des habitants dans ses champs. Cette pratique, liée à l’utilisation de charpentes à base de branches, et donc moins exigeante que pour la tuile nécessitant des bois soigneusement équarris, présentait l’avantage du moindre coût. La tuile put être utilisée par les villageois aisés. Cette maison aux murs épais est surmontée d’un grenier où sont serrées les récoltes et complétée d’une cave voûtée où loger les tonneaux, bien que les mentions explicites en soient rares. Des dépendances lui sont généralement associées : grange, cellier, étable, etc. Une cour et un jardin, tous deux fermés de murs, lui sont souvent accolés.
De 1400 à 1800, on passera de la construction élaborée à partir de matériaux que chacun était à même de trouver facilement dans les environs du village et dans ses champs (déchets de carrière, récupération de pierres sur des bâtiments en ruine, terre glaise, paille, branches, etc.) à des techniques utilisant de plus en plus le plâtre, la tuile, la chaux, le bois façonné qui, généralement, devront être achetés à des artisans spécialisés dans leur transformation. On passera ainsi progressivement, de la maison pour « rien » à la maison qui « coûte ».

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