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Mise à jour
26/06/2006
à partir de la revue Sakamo
(n°1, sept. 2000,
p. 2 à 5) |
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(1)
La polyculture est la culture simultanée de plusieurs
plantes sur un même territoire.
(2) Au Moyen-Âge, le bourgeois est l'habitant, non noble, du
bourg dans le sens de ville. C'est l'habitant aisé qui se
distingue du petit peuple vivant dans la cité.
Dès le XVI° siècle, le tire de bourgeois
désignait un mode de vie plus qu'un statut. A cette
époque le bourgeois ne tient plus ni atelier, ni boutique.
Il ne travaille pas de ses mains, il vit de ses rentes en
prêtant de l'argent contre intérêts. |
| (3) La lecture des noms de
lieux a été compliquée par les
orthographes anciennes (Onay-Lès-Bondys pour
Aulnay-sous-Bois), des rattachements erronés à
certaines provinces ("Ancines en Picardie" pour Ancinnes,
Sarthe; "Le Mesnil-Saint-Denis en Picardie", en fait situé
en Yvelines et donc en Ile-de-France, probablement confondu avec Le
Mesnil-Saint-Firmin, Oise, ou Mesnil Saint-Georges, Somme, villages
situés en Picardie), des noms ayant changé dans
le temps (Nogent-les-Vierges pour Nogent-sur-Oise, Maisons-sur-Seine
pour Maisons-Lafitte). Dans quelques rares cas, le repérage
est incertain, ou n'a pas été possible. |
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(4)Picardie :
ancienne province qui avait pour capitale la ville d'Amiens. Elle fut
définitivement rattachée au royaume en 1477.
(5) Entre Villiers-le-Bel et l'Oise : Presles, Maffliers et Viarmes
sont dits en Picardie. Au-delà de l'Oise : Boran, Cinqueux,
Ercuis, Cambronne, Fresneaux, Belle-Eglise, sont tous
rattachés à la Picardie.
(6) Duché de Savoie : région du Sud-Est de la
France actuelle, à la frontière de l'Italie. Elle
a été incorporée à la
France en 1860 et divisée en deux départements :
Savoie et Haute-Savoie. |
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| mariages
et lieux de naissance plus lointains pour agrandir, cliquer sur la carte |
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(7) "Bailly près de
Versailles"?
(Yvelines), Senlis (Oise), Verberie (Oise), "Piseux en Picardie" pour
Pisseleu (OIse) ou pour Piseux (Eure et donc Normandie).
(8) Eaubonne
(Val d'Oise), Sarcelles (Val-d'Oise) et Survilliers
(Val-d'Oise).
(9) Paris,
Vincennes, Marly-la-Ville (Val-d'Oise) et
Nantouillet (Seine-et-Marne).
(10) "Ammanse
en Franche-Comté" pour Amance
(Haute-Saône).
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(11) Natif de
Caen (Calvados).
(12) Bergers natifs de Boran (Oise), Domont (Val-d'Oise) et
Maisons-Lafitte (Yvelines). Jardiniers natifs
de Maffliers
(Val-d’Oise), Moussy-le-Vieux (Seine-et-Marne). Servantes
natives de Domart
(Somme), Belle-Église (Oise), Dammartin-en-Goële,
Meaux (Seine-et-Marne),
Nantheuil-le-Haudoin, Silly-le-Long (Oise).
(13)
Osny (Val-d’Oise) et “Bocour en Picardie”
soit
Bécourt (Pas-de-Calais) ou l’un des trois
Beaucourt (Somme).
(14)
Villaines (Val-d’Oise) et Luzarches
(Val-d’Oise).
(15)
La conscription est l’enrôlement des jeunes
gens ayant atteint l’âge légal pour
effectuer le service militaire.
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MATRIMONIALES
Etre
d’ici,
être d’ailleurs
Villiers-le-Bel
en 1780
L’image
mythique du
village est marquée par une
certaine immobilité. Ce serait le lieu où les
générations successives
observeraient les mêmes usages, garants de son
identité et de son unité.
Le
dénombrement des habitants de
la paroisse de Villiers-le-Bel, réalisé durant le
mois de mars 1780, mentionne
les noms, prénoms, professions, âges et lieux de
naissance de la totalité des
habitants, enfants compris. Les artisans du recensement ont
comptabilisé 1 405
habitants. Le
document (Archives Municipales) nous permet d’esquisser une
image de la
composition socioprofessionnelle de ce village à la fin de
l’Ancien Régime,
ainsi qu’une estimation de la mobilité
individuelle en relation avec les lieux
de naissance.
Point
de contact
Villiers-le-Bel
en 1780 est un bourg rural aux activités
diversifiées. Sa production agricole
est orientée vers une polyculture(1)
comprenant
un secteur viticole. La dentelle produite
par les paysannes est commercialisée par un petit groupe de
marchands aisés.
Quantité d’ateliers et de boutiques animent les
rues. Garçons et filles sont
accueillis séparément dans
l’école paroissiale. Une pension reçoit
les jeunes
filles issues de riches milieux. De nombreux bourgeois(2)
parisiens
vivent sur place au
long de l’année.
Villiers-le-Bel à cette époque est le point de
contact entre deux mondes qui
voisinent sans forcément se mélanger.
Se
marier au pays
Le
village est le lieu où l’on se marie dans le
voisinage immédiat, voire dans le
cercle des communautés proches. Le comportement matrimonial
des habitants
ruraux de Villiers-le-Bel en 1780 suit ces deux grandes lignes :
quatre-vingt-seize couples sont formés de deux natifs de
Villiers-le-Bel, pour
quatre-vingt- douze couples l’un des membres vient
d’ailleurs. Le repérage des lieux(3)
de
naissance du conjoint permet de définir la région
où se marie la communauté
villageoise. Sarcelles et Écouen, avec chacun une dizaine de
conjoints,
définissent une zone matrimoniale de proximité
immédiate. 64 unions, souvent
uniques, ont été conclues dans les villages
implantés entre Saint-Denis et
Luzarches et les routes Paris-Calais par Beauvais (N1) et
Paris-Maubeuge par
Soissons (N2). Marginalement, cinq mariages ont
été célébrés
avec des Parisiens,
deux avec des habitants de Saint-Denis.

Se
marier au loin
Souvent,
le village d’origine est explicitement rattaché
à la Picardie(4). Toutefois,
les localisations
excèdent largement les limites administratives sud de cette
province(5). Les autres
conjoints
proviennent de régions plus éloignées
: Bourgogne, Franche-Comté, Maine,
Beaujolais, etc. Si nous envisageons les couples nés hors le
village, ainsi que
les lieux de naissance des veufs et de quelques apparentés,
nous retrouvons
majoritairement la même zone : les villages voisins et,
globalement, la région
située au nord de la Seine
et de la
Marne,
ainsi qu’une distribution de lieux nettement plus lointains.
À l’extrême, trois
naissances sont situées hors des frontières du
royaume : un enfant, de parents
beauvillésois, né à
“Rochebach
en Almagne”,
un bourgeois parisien né au Châtelard en Suisse et
une couturière née dans le
duché de Savoie(6)
qui
ne sera rattaché à la France
qu’en 1860.

Gens
de bien
Les
bourgeois et officiers royaux présents au moment du
recensement sont nés à
Paris ou en Ile-de-France(7).
Un bourgeois est né en Champagne. Vingt-deux familles
bourgeoises sont absentes
du village au moment du recensement. Les perruquiers sont natifs de
Dammartin
(Oise) et de Eu (Manche). Le barbier est né à
Bordeaux (Gironde). Les
chirurgiens sont respectivement nés à
Grésigny (Côte-d’Or),
Saint-Just-en-Chevalet (Loire) et Toulouse (Garonne). La sage-femme,
épouse de
l’un des chirurgiens, est née à Paris.
Le prieur-curé est parisien, ses deux
domestiques sont bourguignons, comme le maître
d’école. Les deux vicaires sont
normands. Treize marchands de dentelle sont natifs de Villiers-le-Bel,
trois
sont nés dans des villages voisins(8).
Leurs épouses sont du village, sauf trois nées en
Ile-de-France et une à l’orée
de la
Champagne(9). Une
marchande de dentelle, veuve,
est native de Franche-Comté(10).
Gens
de métier
Les
métiers se transmettaient généralement
de père en fils. Parfois, il fallait
trouver une place d’apprenti ailleurs, quelquefois assez loin
du domicile
familial. Certains compagnons effectuaient leur Tour de France, de
maître en
maître, de ville en ville, afin de se perfectionner. Ici, la
plupart des
artisans sont nés sur place.
Quelques-uns
sont originaires des provinces, tel ce serrurier normand(11)
ayant
épousé une couturière parisienne
ou ce charpentier bourguignon marié à une fille
du village.
Gens
de peu
Les
ouvriers agricoles ne possédaient que la force de leurs
bras. Ils étaient
souvent employés à la journée ou
à la tâche et se déplaçaient
de ferme en
ferme, au gré des saisons. Les servantes, les domestiques,
quelques jardiniers,
les bergers sont souvent originaires d’autres villages(12).
Ce monde
des “petits” voyage
au gré des embauches, sans toutefois beaucoup sortir du nord
de la région
parisienne.
Gens
de la terre
Sur
les 56 vignerons une cinquantaine sont natifs du village, plus de 30
sont
mariés sur place ou dans les villages voisins.
Héritiers de leur terre, il
s’agit d’une paysannerie enracinée dans
son terroir. En face, les laboureurs
sont susceptibles de mobilité à chaque fin de
bail. Deux laboureurs, natifs de
Villiers-le-Bel, sont mariés hors le village(13).
Les deux autres, nés dans la région(14),
sont mariés dans le village.
Gens
de la guerre
Même
lorsqu’on est fils de vigneron, rivé à
sa terre, il est un cas qui vous amène à
sortir du pays, c’est l’obligation pour chaque
communauté villageoise d’envoyer
quelques jeunes célibataires dans les rangs de la milice.
Jusqu’à la loi sur la
conscription(15)
de
1798, cette troupe est levée pour renforcer
l’armée régulière. Nous
croisons
trois de ces jeunes hommes âgés respectivement de
20, 22 et 28 ans, ainsi qu’un
ancien milicien âgé de 55 ans. Nous rencontrons
également deux militaires
engagés, l’un d’eux au
Régiment de Champagne. Ceux qui ont parcouru les chemins
poudreux de France et d’Europe, qui ont
réchappé des champs de bataille, s’en
reviennent au village les yeux pleins d’autres mondes,
d’autres usages.
Migrations,
langues et patois
Par
tradition la bourgeoisie marchande est ouverte aux voyages, par
obligation les
officiers royaux se déplacent au gré de leurs
affectations, par nécessité les
prestataires de services se rapprochent de leur riche
clientèle. Le mariage
avec quelques transfuges des terres picardes, champenoises ou
bourguignonnes, la
migration de plusieurs artisans ou domestiques,
l’implantation locale de
lettrés ou de savants provinciaux, ouvrent une
fenêtre sur les parlers du
royaume et révèlent, à
l’oreille, les origines extra-régionales. Dans
la France médiévale se
pratiquaient plusieurs langues et dialectes, sans qu’aucun ne
soit dominant, le
latin était la langue savante. Après le XIVe
siècle,
se forma une langue littéraire et écrite
à
partir du dialecte d’Ile-de-France. Paris
s’affirmant comme principal centre
politique, la langue qui y était parlée est
devenue la langue d’État, mais pas
encore la langue du royaume. Il faudra attendre la fin du XIXe
siècle
pour que le français
soit imposé aux ruraux provinciaux par
l’École pour tous (1881-1886) et la
conscription obligatoire (1798-1814 puis 1889). On peut se demander si,
en
1780, le rattachement par le scribe, de plusieurs villages du nord de
l’Ile-de-France à la Picardie,
ne rendait pas compte d’une avancée du patois
picard ou d’une forte immigration
en provenance de cette province. Quoi qu’il en soit, si les
ruraux franciliens
de la fin du XVIIIe
siècle
ne semblent se déplacer majoritairement que dans un rayon
d’une vingtaine de
kilomètres autour de leurs lieux de naissance, les accents
qu’ils peuvent entendre
au village leur apportent l’image d’une
diversité qui ne fera que s’accentuer
dans le siècle à venir, avec le
déplacement des paysans pauvres vers la ville
puis vers l’usine, et les premières migrations
européennes massives.
Tiré du numéro
1
de la revue
SAKAMO (septembre 2000),
pages 2 à 5
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