Paysages Archéologie Moyen Âge Le religieux Mutations Migrations Quartiers A suivre...
Accueil
Du temps où les français émigraient | 1196, des paysans venus d'ailleurs
 
 

Détail d'une photographie d'une famille descendant de migrants protestants partis de Villiers-le-Bel pour les Pays-Bas
DU TEMPS OU LES franCAIS EMIGRAIENT  (résumé)

La communauté protestante de Villiers-le-Bel
 

 

Au 16° siècle, en Europe, l’Humanisme développa un certain scepticisme à l’égard des aspects irrationnels de la religion chrétienne et une attitude critique vis-à-vis du clergé. A cette époque, l’invention de l’imprimerie permit une large diffusion de la Bible et des idées alimentant les controverses religieuses.
Le développement du nombre des écoles augmenta le nombre des personnes sachant lire et écrire.
Ces évolutions favorisèrent l’émergence, la diffusion et l’implantation de nouvelles doctrines qui entendaient réformer, parfois radicalement, les pratiques religieuses, l’organisation du clergé et certains dogmes de la religion catholique romaine. On désigne ce mouvement dissident du catholicisme sous le nom de Réforme ou de protestantisme.

Le temps de la diffusion

L’unité religieuse de l’Europe occidentale, derrière l’autorité du pape de Rome, était rompue. La chrétienté se divisa en deux familles antagonistes.
Les premiers textes de Luther sont diffusés à Paris en 1519. Les idées religieuses nouvelles séduisirent une partie de la grande bourgeoisie lettrée, des nobles, des gentilshommes de la cour royale et même quelques princes. Cette diffusion dans la haute noblesse favorisa l’implantation du protestantisme en France, mais rendit le royaume difficilement gouvernable à cause des luttes se développant à la cour.
Le protestantisme français émerge dans les années 1530-1540 autour de la doctrine élaborée par Calvin.
Entre 1560 et 1670, la France comprenait de 1 million à 1,5 million de protestants. Le royaume regroupait près de 20 millions d’habitants.

L’implantation du protestantisme à Villiers-le-Bel

On ne connaît rien de certain concernant les premiers temps de la communauté protestante. L’un des prieurs du lieu indique que « ce venin (le protestantisme) s’est jeté en ce lieu (Villiers-le-Bel) presque du commencement de l’hérésie… un est venu de Groslay, deux de Vaudherland et quelques cinq ou six étaient d’ici… Le connétable Henry de Montmorency, étant seigneur de Villiers-le-Bel, les a laissé s’établir… » Vers 1680, la communauté protestante de Villiers-le-Bel est évaluée à 4 ou 500 personnes, soit le quart du village. Après Paris et Charenton, Villiers-le-Bel abritait la plus importante communauté de la région parisienne. Son origine, les raisons de son développement et de sa survie sont liées à plusieurs facteurs :
• les marchands écoulaient la dentelle produite au village à Paris. A la ville, ils furent séduits par les idées nouvelles, ils les adoptèrent et les diffusèrent dans leur famille,
• la position dominante des marchands vis-à-vis des dentellières a probablement favorisé la diffusion du protestantisme parmi elles.
• parce qu’une école existait à Villiers-le-Bel dès 1485, les villageois pouvaient lire la Bible et les textes de la controverse protestante
• lorsque la communauté protestante est apparue vers 1540 et plus tard lorsqu’elle fut bien implantée vers 1630, les seigneurs catholiques ne l’ont pas combattu.
• les mariages entre les familles, ainsi que l’entraide dans un groupe nombreux, ont favorisé le maintien de la communauté.

Le temps des guerres

C’est durant le règne de François I° (1515-1547), à partir de 1534, que les premières persécutions contre les Protestants eurent lieu. Son fils, Henri II (1547-1559) créa le cadre répressif de ce que les Catholiques considéraient comme une hérésie. Durant le court règne de son petit-fils, François II (1559-1560), l’opposition protestante se radicalisa entraînant une vive réaction du pouvoir royal. A la mort de ces deux derniers rois, le calvinisme français n’était plus seulement une Eglise nouvelle, il était devenu un parti politique.
Charles IX, nouveau roi et frère du précédent, étant tout jeune ; sa mère, Catherine de Médicis, veuve de Henri II, devint la régente du royaume. Elle pratiqua une politique louvoyante entre les deux partis dont les chefs respectifs complotaient à la cour. Elle promulgua, en 1562, un édit qui accordait aux Protestants la liberté de conscience et le droit à un culte public. La même année commença une guerre civile opposant Catholiques et Protestants. Ce sont les «Guerres de Religions» qui durèrent 36 ans.

La bataille de Saint-Denis

Parmi les évènements qui eurent à coup sûr un impact sur la région et le village, on doit retenir la bataille qui se déroula dans la plaine au nord de la capitale en 1567.
L’armée protestante occupa la campagne entre la ville de Saint-Denis et le village de La Chapelle afin de faire pression sur les décisions de la cour. Une armée catholique vint livrer bataille, remporta le combat mais y perdit son chef : le connétable Anne de Montmorency.
Ainsi, les troubles, qui empêchaient la vente des marchandises sur les marchés urbains, qui rendaient tout déplacement aventureux, qui renchérissaient le prix du pain, qui obligeaient à nourrir les soldats de passage ou à s’enfuir à leur approche, venaient d’emporter le seigneur de Villiers-le-Bel : Anne de Montmorency.

La Saint Barthélemy

En 1572, Charles IX (1560-1574) autorisa l’assassinat de l’aristocratie protestante, ce dont se chargèrent les troupes royales dans la capitale. Dans la foulée, les officiers municipaux, la milice bourgeoise et ceux des parisiens violemment catholiques déclenchèrent une sanglante émeute contre les Protestants. Le massacre de la Saint Barthélemy, qui démarra le 24 août 1572, fit 3000 morts en trois semaines dans un Paris qui comptait près de 300 000 habitants. 6 à 8000 victimes sont à déplorer dans une douzaine de villes de province.
Même si aucune violence ne semble être intervenue à Villiers-le-Bel, on ne peut douter que l’évènement, par sa brutalité, marqua durablement les esprits et enferma chacun dans la méfiance, voire la haine du camp adverse.

Henri de Navarre, roi de France

Affaibli, le parti protestant se reconstitua et s’organisa en une Union protestante. Troisième fils régnant de Catherine de Médicis, Henri III (1574-1589) accorda aux Protestants la liberté de culte. Il fut assassiné par un moine fanatique. En l’absence d’enfant vivant, l’héritier le plus direct de la couronne de France était un cousin protestant du défunt roi, Henri, roi de Navarre. Le fait que le futur Henri IV soit Protestant, entraîna la création d’une Ligue, catholique extrémiste, qui refusa au nouveau roi l’accès à Paris. Début mai 1590, Henri IV déploya son armée au nord de la capitale vers le Bourget (Seine-Saint-Denis), Louvres et Gonesse (Val-d’Oise). Le blocus touchait surtout la ville de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) et gênait le ravitaillement de la capitale.
Ayant épuisé les réserves du pays, les armées rencontraient presque autant de difficultés à se nourrir que les assiégés. Au début septembre, le roi décida de lever le siège. La région au nord de Paris était ruinée, le commerce était désorganisé. Les paysans et les marchands de Villiers-le-Bel subirent probablement les conséquences de ces troubles.
L’année suivante, une nouvelle tentative de prise de la capitale échoua. Devant le chaos qui menaçait le royaume, Henri IV trancha radicalement : le 25 juillet 1593, il abjura le protestantisme dans la basilique de Saint-Denis. Paris lui ouvrit ses portes.

L’Edit de Nantes

Après de nombreuses années d’une guerre civile intermittente, l’Edit de Nantes, voulu par Henri IV, accorda aux Protestants la liberté de conscience et de culte, sauf dans quelques villes dont Paris, l’admission à tous les emplois et la possession provisoire d’une centaine de places de « sûreté », à titre de garantie. Sa signature, le 13 avril 1598, marque la fin des Guerres de Religions.

Le cours des choses

Henri IV fut assassiné en 1610. Son fils, Louis XIII, avait 9 ans. La reine devint régente et gouverna le royaume.
En 1619, à Villiers-le-Bel, des moines parcouraient les rues du village en prêchant devant les maisons des chefs protestants, en allant de maison en maison, afin d’exhorter les Protestants à abandonner leur foi et d’intimider les plus faibles.
L’assemblée des communautés protestantes réunie à Loudun (Vienne), écrivit à Monsieur de Montmorency, seigneur du lieu, pour le prier de faire cesser de telles pressions et obtenir que les Protestants de Villiers-le-Bel puissent vivre avec la même liberté dont ils disposaient du temps de son père. Avec l’organisation politique qu’ils s’étaient donnés, les Protestants formaient alors comme un état dans l’état. C’est ce protestantisme politique que le cardinal de Richelieu voulu supprimer. En 1629, il laissait la liberté de culte et de conscience aux Protestants ainsi que l’égalité théorique de droit avec les Catholiques, mais il leur enlevait leurs places fortes. A partir de cette date, se mit en place une politique antiprotestante.

Au quotidien

La communauté protestante ne pouvait que s’inscrire en rupture avec les pratiques religieuses catholiques. A Villiers-le-Bel, comme ailleurs, les Protestants se réunissaient dans la maison de l’un ou de l’autre membre de la communauté pour être instruits dans la religion et pour dire les prières ensemble. Au cours de ces réunions, les chants religieux ne pouvaient que manifester la ferveur des familles assemblées lorsque leurs accents franchissaient les murs de la demeure d’accueil. Qu’un protestant meurt, on l’enterrait parfois dans le jardin familial, on le mettait en terre dans le cimetière de la communauté, lorsqu’il existait, on l’inhumait dans le cimetière paroissial, mais selon un rituel et à des heures différents des usages majoritaires. Qu’une procession du Saint-Sacrement soit organisée, par respect pour le corps du Christ ainsi exposé, chaque paroissien se devait de nettoyer la rue devant sa maison. Les familles protestantes, ne s’y sentant pas tenu, ne balayaient pas devant leur porte et signifiaient visiblement leur dissidence.
A une époque où l’Eglise tendait à régenter la vie de chacun, les pratiques divergentes des protestants étaient perçues comme une insulte à l’ordre divin et leurs comportements sociaux comme un trouble à l’ordre public.

Tentatives

Philippe GOUREAU de la PROUSTIERE devint curé de Villiers-le-Bel en janvier 1648. Il décrit dans ses mémoires les rapports développés avec ses paroissiens ainsi qu’avec les protestants du village. Ainsi, Abel PERAULT disparut en mars 1678, le prêtre inscrivit sur le registre la mention « converti à la foi ». De la conversion à la tombe, l’Eglise catholique conservait ainsi dans ses registres le souvenir de ses victoires sur « l’hérésie » protestante. Durant le règne de Louis XIV, en 1664, l’Etat créa une sorte de majorité de conscience qui, contre l’autorité des parents, permit aux filles de se convertir dès l’âge de 12 ans et aux garçons dès 14 ans. La pratique en était plus ancienne comme le montre l’abjuration, à Villiers-le-Bel, de Marie Madeleine PERAULT, en 1648, à l’âge de 14 ans. Elle se maria à 19 ans et, lorsqu’elle décéda à 27 ans, elle est mentionnée dans les registres comme étant « l’une des premières converties par le Prieur GOURREAU ».
En 1681, le parti catholique obtint un arrêt abaissant encore l’âge de raison religieuse à 7 ans.

Discriminations

La taille était un impôt royal pesant sur l’ensemble d’un village. Les élus de la paroisse en effectuaient la répartition sur les chefs de famille qui n’en étaient pas exemptés par leur statut (nobles) ou leur fonction (officiers royaux, syndic). Les Protestants de Villiers-le-Bel, qui étaient exclus de la gestion de la paroisse, se retrouvaient devant une imposition dont ils avaient le sentiment qu’on les chargeait injustement.
Ce traitement inégalitaire était voulu par le parti catholique comme le montrent quelques passages des mémoires de Philippe GOURREAU : « Je donnais de semblables avis pour réduire (nos hérétiques), à ceux…qui les pouvaient exécuter (qui pouvaient les réaliser) Je disais qu’on les devait charger de tailles en leur promettant le contraire s’ils voulaient retourner à (la religion catholique) ; ne les point considérer pour aucun emploi… Je continuais de dire qu’il fallait défendre tout commerce avec eux, les regarder comme des pestiférés, empêcher qu’ils n’achètent maisons et terres, qu’on ne les loge point, que pas un étranger ne puisse s’établir, les harceler de la sorte pour leur salut… Par ce moyen, le nombre ne grossira point, ils ne s’enrichiront point… ».
On a ainsi quelques raisons de penser que les Protestants de Villiers-le-Bel étaient bel et bien grugés dans la répartition de l’impôt. L’intervention de l’Etat dans cette politique de discrimination, s’affirma par l’exclusion des Protestants d’un nombre de métiers et de fonctions de plus en plus large. Dans tous les villages, même s’ils étaient à majorité protestante, les représentants municipaux furent désormais obligatoirement catholiques. Dans le royaume de Louis XIV, les Huguenots furent transformés en sujets de seconde catégorie.

La Révocation

En 1685, la cour royale était toute acquise aux pratiques religieuses du catholicisme le plus strict et à l’élimination des dissidents. Souverain autoritaire à la tête du plus puissant royaume européen, Louis XIV ne voulait pas laisser d’autres paraître meilleurs défenseurs de l’Eglise de Rome, ni supporter plus longtemps une dissidence religieuse. Le 18 octobre 1685, pensant qu’il ne pouvait laisser une partie de ses sujets pratiquer une autre religion que la sienne, Louis XIV signa la Révocation de l’Edit de Nantes.
L’Eglise, la nombreuse administration royale et le parti catholique s’attachèrent à faire disparaître tout particularisme religieux en France.

Emigration

Bien avant la Révocation, des familles protestantes quittaient Villiers-le-Bel. La plupart n’étaient pas des agriculteurs, attachés à la terre, leur gagne-pain, mais plutôt des artisans, parfois pauvres, partant chercher ailleurs de meilleures conditions d’exercice de leur métier. D’autres, au contraire, étaient des marchands aisés s’implantant à Paris ou délocalisant leurs activités à l’étranger. Les uns et les autres fuyaient les tracasseries renouvelées d’une société devenue intolérante. Après la Révocation et les Dragonnades, le flux des fugitifs s’est intensifié.
Sur 197 migrants originaires de Villiers-le-Bel, 39% se déplacèrent vers l’Angleterre. De ce lot, 37% se rendirent en Hollande, 15% se retrouvèrent dans les principautés allemandes. Presque marginalement, 4% s’orientèrent vers la Suisse, et 2% se réfugièrent en Irlande.
Commencée au début du XVII° siècle, l’émigration protestante s’accentua notablement après la Révocation de 1685. La richesse de la communauté protestante de Villiers-le-Bel apparaît bien au moment de la collecte de l’impôt. En mars 1688, les collecteurs des tailles remarquèrent « que plusieurs des Nouveaux Convertis de ladite paroisse étant passés dans les pays étrangers, que le Roi a réuni à son domaine tous leurs biens ; qu’il leur est impossible de les imposer à la taille et que les sommes qu’ils payaient montent à plus de deux milles livres… ». Beaucoup de familles demandèrent leur naturalisation et s’implantèrent durablement dans les pays d’accueil, même si les conditions de départ du pays natal ne furent pas très favorables à ceux qui n’avaient ni argent, facile à emporter, ni relations, utiles en toutes occasions.

Violences

La Révocation de l’Edit de Nantes mit la communauté protestante française en extrême difficulté. Ceux qui le purent s’enfuirent vers les pays protestants ou tout au moins les états tolérants. Ceux qui restèrent se convertirent, mais beaucoup demeurèrent intérieurement profondément attachés à leur foi, fuyant la messe, instruisant leurs enfants dans le protestantisme, refusant les sacrements au moment de mourir.
Face à une obstination assez généralisée, le pouvoir royal eut recours à la force, en faisant emprisonner les plus récalcitrants. Les tribunaux du royaume n’hésitèrent pas à prononcer les peines les plus sévères contre ces beauvillésois :
• Etienne HOUZEL est condamné aux Galères pour avoir fait évadé du royaume plusieurs nouveaux convertis.
• Jean ROUSSEAU est arrêté dans le Dauphiné alors qu’il cherche à sortir du royaume. Le Parlement de Grenoble (Isère) le condamna à 4 ans de Galères.
• Jean BONNEL est arrêté sur le chemin de Lille (Nord). Il est accusé de sortir du royaume et condamné par le Parlement de Tournai (Belgique) aux Galères à perpétuité. Il entendit son jugement tête nue et à genoux. Il sera libéré en juin 1713, par ordre du roi, à condition de sortir du royaume. Cela tombait bien, c’est probablement ce qu’il souhaitait !

L’Etat utilisa également la violence la plus aveugle en ayant recours aux Dragonnades. Il s’agissait d’installer la troupe dans les maisons récalcitrantes avec autorisation de vivre sur l’habitant et même un peu plus ; car ces soldats, établis en terrain conquis, sûrs de leur impunité, exigeaient, brutalisaient, pillaient, abusaient et violaient à l’occasion.
« Le Roi envoya aussi d’Artagnan, major de son régiment des Gardes, avec deux- cent soldats, à Villiers-le-Bel… pour obliger les Huguenots qui y étaient en grand nombre à se convertir ; mais il n’y trouva plus que quelques restes de familles, tout le reste s’étant enfui... ».
Ces Mousquetaires qui avaient investi Villiers-le-Bel, avaient trouvé le village quasiment abandonné. Par peur, tous les habitants, Catholiques et Protestants mêlés, s’étaient enfuis. Faute de personnes à malmener, les soldats se défoulèrent sur les maisons et commencèrent à les démolir. « Les maîtres étant revenus et ayant déclaré qu’ils étaient catholiques, le Roi a fait refaire ce qui avait été démoli ». Bien peu de personnes résistèrent à ce régime. Elles n’avaient d’autres alternatives que de subir les troupes ou d’aller à la messe et de signer leur acte de conversion. 200 soldats à Villiers-le-Bel, c’était 3 à 4 soudards par maison protestante, c’était 3 à 4 chevaux supplémentaires à nourrir dans l’écurie, c’était beaucoup. La violence triompha.

Les conversions ainsi obtenues ne pouvaient être sincères. Nous ne retiendrons qu’un exemple : en août 1689 Isaïe PORCHER est à la fin de sa vie ; face aux démarches du prêtre « Il a dit qu’il voulait mourir dans la Religion (réformée) avec grande obstination et n’a point voulu être confessé. Et après lui avoir dit qu’il avait fait abjuration, il nous a répondu qu’il l’avait fait par force… attendu qu’il y avait des soldats qui lui ont mangé plus qu’il n’avait ». C’est par la violence que l’Eglise et l’Etat sont venus à bout des Protestants.

Résistance

Avant la Révocation de l’Edit de Nantes, les pressions diverses amenèrent quelques Protestants à rejoindre la paroisse catholique. Après la Révocation et les Dragonnades, 205 abjurations du protestantisme ont été enregistrées dans les registres de Villiers-le-Bel.
Ces abjurations ne grossirent pas le nombre des paroissiens, car derrière un catholicisme de façade, se dissimulait une conviction demeurée intacte comme le montrent les attitudes de refus au moment de mourir.
En 1687 « …Noël PETIT est décédé depuis une heure ou environ, sans avoir voulu se confesser ni recevoir les sacrements. Comme ledit PETIT a commis en cela le crime de relaps, puisqu’il est mort dans la Religion Prétendue Réformée, le procureur fiscal nous a requis pour que nous nous transportions dans la maison où ledit PETIT est décédé, pour faire emporter son cadavre dans la geôle de ce lieu. Nous avons appris que la veuve du défunt et ses enfants s’étaient absentés et qu’ils avaient pris et emporté la meilleure et plus considérable part de leur meuble. ».
En 1738 meurt relaps le sieur HOUZEL, marchand. Il est enterré dans son jardin et ses biens sont saisis.
Fortement engagé dans la lutte contre le protestantisme local, le prieur GOURREAU était assez désenchanté à la fin de sa vie. Il écrit en avril 1690 : « …affaibli par un surcroît de travail que les nouveaux convertis de ce lieu m’ont donné, étant chargé d’un grand peuple… sans parler des hérétiques dont les plus accommodés (bien 30 familles) se sont retirés dans les pays étrangers… quelques 30 familles pauvres et forts obstinées étant demeurées par nécessité… A leur mort ils ne se soucient pas qu’on les jette à la voierie, ce qu’on ne fait pas pour autant. Ils les enterrent dans quelque cour ou jardin …».

Permanence

L’Etat finit par s’interroger sur l’efficacité de la contrainte pour obtenir des conversions durables. En 1698, les recommandations du pouvoir royal préconisaient un assouplissement de la rigueur qui prévalait jusque là, sans toutefois revenir sur le principe de la Révocation. La mort de Louis XIV en 1715 n’y changea rien. Tous les gouvernants ultérieurs maintinrent la législation antiprotestante par peur d’affaiblir l’Etat en reconnaissant l’erreur qu’avait été la Révocation.
Entre 1770 et 1792, des Beauvillésois restés protestants se mariaient à Tournai (Belgique); aux ambassades parisiennes de Suède et de Hollande; ou encore à l’Eglise Réformée de Paris. Il y eut longtemps encore des emprisonnements et des condamnations aux galères. Toutefois, une tolérance s’établit peu à peu, mais il fallut attendre 1787 pour qu’un état civil soit officiellement accordé aux Protestants, sans que la liberté de culte leur soit reconnue juridiquement.
Durant la Révolution de 1789, bien que la majorité de la population de Villiers-le-Bel se soit prononcée contre la célébration publique du culte protestant, les habitants demandèrent dans leur Cahier de Doléances : « La tolérance religieuse », et « La restitution des biens saisis sur les protestants sous le règne de Louis XIV… ». A cette époque, Il semble que 15 à 20 couples protestants habitaient encore le village. La plupart allaient bientôt s’installer à Paris pour y exercer leurs activités de commerce.

 

 

 


 









 

 

 

 


 


 


 

 
REsumE :
Au 16° siècle, en Europe, l’Humanisme développa une attitude critique vis-à-vis de la religion et du clergé. L’invention de l’imprimerie permit une large diffusion de la Bible et des idées nouvelles désignées sous le nom de Réforme ou de Protestantisme.
Le protestantisme français émergea dans les années 1530-1540 autour de la doctrine élaborée par Calvin. Entre 1560 et 1670, la France comprenait de 1 million à 1,5 million de protestants pour un royaume de 20 millions d’habitants. Vers 1680, la communauté protestante de Villiers-le-Bel comptait 400 à 500 personnes soit le quart du village. Après Paris et Charenton, il s’agissait de la plus importante communauté protestante de la région parisienne. Son origine et sa survie sont liées à plusieurs facteurs :
• commerçant avec Paris, les marchands de dentelle beauvillésois furent séduits par les idées nouvelles et les diffusèrent dans leur maisonnée,
• l’ascendant de ce patronat sur leurs ouvrières a favorisé la diffusion du protestantisme chez les dentellières et leur famille,
• la présence ancienne d’une école faisait de Villiers-le-Bel un village de lecteurs,
• les seigneurs catholiques, absents du village, on été tolérants ou indifférents.
• les origines familiales communes, les mariages et la solidarité de la communauté ont joué un rôle d’amortisseur face à la répression.

A partir de 1534, les premières persécutions contre les Protestants apparurent en France. Vers 1560, le calvinisme était devenu un parti politique. En 1562, commença une guerre civile qui se développa pendant 36 années : les « Guerres de Religions ». Le seigneur de Villiers-le-Bel, Anne de Montmorency, mourut en 1567 dans l’un de ces combats, à la bataille de Saint-Denis.

A partir du 24 août 1572, les troupes royales parisiennes exécutèrent les élites protestantes. Les extrémistes catholiques déclenchèrent une sanglante émeute contre les protestants plus modestes. Pendant le massacre de la Saint Barthélemy, 3000 personnes furent tuées à Paris. Aucune violence à Villiers-le-Bel, mais l’événement enferma chacun dans la méfiance.
En 1589, le roi meurt, son successeur était un cousin protestant : le futur Henri IV. Une Ligue de catholiques extrémistes lui refusa l’accès à sa capitale. Le chaos menaçant le royaume, En 1593, Henri IV abjura le protestantisme dans la basilique de Saint-Denis. Paris lui ouvrit ses portes.
En 1598, ce roi signa l’Edit de Nantes qui accordait la liberté de conscience et de culte aux Protestants et la disposition de places fortes. Ce fut la fin des Guerres de Religions. Henri IV fut assassiné en 1610. Son fils, Louis XIII, avait 9 ans. La reine devint régente et gouverna.

Ministre de Louis XIII, Richelieu s’opposa au protestantisme politique et enleva aux Protestants leurs places fortes. A partir de 1629, une politique antiprotestante se mit en place.De 1648 à 1695, Philippe GOUREAU de la PROUSTIERE fut prieur curé de Villiers-le-Bel et raconta, dans ses mémoires, ses rapports avec ses paroissiens ainsi qu’avec les Protestants du village. Durant ces années, une certaine discrimination et de fortes pressions furent exercées pour obliger les Protestants beauvillésois à se convertir, mais sans grands succès.

En 1685, pensant qu’une partie de ses sujets ne pouvait pratiquer une autre religion que leur roi, Louis XIV signa la Révocation de l’Edit de Nantes. L’Etat s’attacha à faire disparaître tout particularisme religieux en France y compris par la violence des prisons, des galères et des dragonnades. Le major d’Artagnan commanda 200 mousquetaires du roi qui vinrent s’installer à Villiers-le-Bel. Une part importante des Protestants beauvillésois émigra vers les pays à majorité protestante, ou plus tolérants, et s’y fit naturaliser. Sous la pression, beaucoup de ceux qui n’émigrèrent pas se convertirent au catholicisme tout en restant profondément attaché au protestantisme.
Louis XIV meurt en 1715. Les gouvernants ultérieurs maintinrent la législation antiprotestante par peur d’affaiblir l’Etat en reconnaissant l’erreur qu’avait été la Révocation. Une tolérance s’établit peu à peu sans que la liberté du culte protestant soit reconnue juridiquement.

Durant la Révolution de 1789, les beauvillésois demandèrent dans leur Cahier de Doléances : « La tolérance religieuse », et « La restitution des biens saisis sur les protestants sous le règne de Louis XIV ». A cette époque, 15 à 20 couples protestants habitaient encore le village. Mais la plupart allaient bientôt s’installer à Paris pour y exercer leurs activités de commerce.
 
Retour haut de page 

©2003 p-simple.com | Collectif Fusion | Artwork by artmakers | Ajouter aux favoris