DU
TEMPS OU LES franCAIS EMIGRAIENT
(résumé)
La communauté protestante de Villiers-le-Bel
Au 16° siècle, en Europe, l’Humanisme
développa un certain scepticisme à l’égard
des aspects irrationnels de la religion chrétienne et
une attitude critique vis-à-vis du clergé. A cette époque,
l’invention de l’imprimerie permit une large diffusion
de la Bible et des idées alimentant les controverses religieuses.
Le développement du nombre des écoles augmenta
le nombre des personnes sachant lire et écrire.
Ces évolutions favorisèrent l’émergence,
la diffusion et l’implantation de nouvelles doctrines qui
entendaient réformer, parfois radicalement, les pratiques
religieuses, l’organisation du clergé et certains
dogmes de la religion catholique romaine. On désigne ce
mouvement dissident du catholicisme sous le nom de Réforme
ou de protestantisme.
Le temps de la diffusion
L’unité religieuse de l’Europe occidentale,
derrière l’autorité du pape de Rome, était
rompue. La chrétienté se divisa en deux familles
antagonistes.
Les premiers textes de Luther sont diffusés à Paris
en 1519. Les idées religieuses nouvelles séduisirent
une partie de la grande bourgeoisie lettrée, des nobles,
des gentilshommes de la cour royale et même quelques princes.
Cette diffusion dans la haute noblesse favorisa l’implantation
du protestantisme en France, mais rendit le royaume difficilement
gouvernable à cause des luttes se développant à la
cour.
Le protestantisme français émerge dans les années
1530-1540 autour de la doctrine élaborée par Calvin.
Entre 1560 et 1670, la France comprenait de 1 million à 1,5
million de protestants. Le royaume regroupait près de
20 millions d’habitants.
L’implantation du protestantisme à Villiers-le-Bel
On ne connaît rien de certain concernant les premiers
temps de la communauté protestante. L’un des prieurs
du lieu indique que « ce venin (le protestantisme) s’est
jeté en ce lieu (Villiers-le-Bel) presque du commencement
de l’hérésie… un est venu de Groslay,
deux de Vaudherland et quelques cinq ou six étaient d’ici… Le
connétable Henry de Montmorency, étant seigneur
de Villiers-le-Bel, les a laissé s’établir… » Vers
1680, la communauté protestante de Villiers-le-Bel est évaluée à 4
ou 500 personnes, soit le quart du village. Après Paris
et Charenton, Villiers-le-Bel abritait la plus importante communauté de
la région parisienne. Son origine, les raisons de son
développement et de sa survie sont liées à plusieurs
facteurs :
• les marchands écoulaient la dentelle produite au
village à Paris. A la ville, ils furent séduits par
les idées nouvelles, ils les adoptèrent et les diffusèrent
dans leur famille,
• la position dominante des marchands vis-à-vis des
dentellières a probablement favorisé la diffusion
du protestantisme parmi elles.
• parce qu’une école existait à Villiers-le-Bel
dès 1485, les villageois pouvaient lire la Bible et les
textes de la controverse protestante
• lorsque la communauté protestante est apparue vers
1540 et plus tard lorsqu’elle fut bien implantée vers
1630, les seigneurs catholiques ne l’ont pas combattu.
• les mariages entre les familles, ainsi que l’entraide
dans un groupe nombreux, ont favorisé le maintien de la
communauté.
Le temps des guerres
C’est durant le règne de François
I° (1515-1547), à partir
de 1534, que les premières persécutions contre
les Protestants eurent lieu. Son fils, Henri II (1547-1559) créa
le cadre répressif de ce que les Catholiques considéraient
comme une hérésie. Durant le court règne
de son petit-fils, François II (1559-1560), l’opposition
protestante se radicalisa entraînant une vive réaction
du pouvoir royal. A la mort de ces deux derniers rois, le calvinisme
français n’était plus seulement une Eglise
nouvelle, il était devenu un parti politique.
Charles
IX, nouveau roi et frère du précédent, étant
tout jeune ; sa mère, Catherine de Médicis, veuve
de Henri II, devint la régente du royaume. Elle pratiqua
une politique louvoyante entre les deux partis dont les chefs
respectifs complotaient à la cour. Elle promulgua, en
1562, un édit qui accordait aux Protestants la liberté de
conscience et le droit à un culte public. La même
année commença une guerre civile opposant Catholiques
et Protestants. Ce sont les «Guerres de Religions» qui
durèrent 36 ans.
La bataille de Saint-Denis
Parmi les évènements qui eurent à coup
sûr un impact sur la région et le village, on doit
retenir la bataille qui se déroula dans la plaine au nord
de la capitale en 1567.
L’armée protestante occupa la campagne entre la
ville de Saint-Denis et le village de La Chapelle afin de faire
pression sur les décisions de la cour. Une armée
catholique vint livrer bataille, remporta le combat mais y perdit
son chef : le connétable Anne de Montmorency.
Ainsi, les troubles, qui empêchaient la vente des marchandises
sur les marchés urbains, qui rendaient tout déplacement
aventureux, qui renchérissaient le prix du pain, qui obligeaient à nourrir
les soldats de passage ou à s’enfuir à leur
approche, venaient d’emporter le seigneur de Villiers-le-Bel
: Anne de Montmorency.
La Saint Barthélemy
En 1572, Charles IX (1560-1574) autorisa l’assassinat
de l’aristocratie protestante, ce dont se chargèrent
les troupes royales dans la capitale. Dans la foulée,
les officiers municipaux, la milice bourgeoise et ceux des parisiens
violemment catholiques déclenchèrent une sanglante émeute
contre les Protestants. Le massacre de la Saint Barthélemy,
qui démarra le 24 août 1572, fit 3000 morts en trois
semaines dans un Paris qui comptait près de 300 000 habitants.
6 à 8000 victimes sont à déplorer dans une
douzaine de villes de province.
Même si aucune violence ne semble être intervenue à Villiers-le-Bel,
on ne peut douter que l’évènement, par sa
brutalité, marqua durablement les esprits et enferma chacun
dans la méfiance, voire la haine du camp adverse.
Henri de Navarre, roi de France
Affaibli, le parti protestant se reconstitua et s’organisa
en une Union protestante. Troisième fils régnant
de Catherine de Médicis, Henri III (1574-1589) accorda
aux Protestants la liberté de culte. Il fut assassiné par
un moine fanatique. En l’absence d’enfant vivant,
l’héritier le plus direct de la couronne de France était
un cousin protestant du défunt roi, Henri, roi de Navarre.
Le fait que le futur Henri IV soit Protestant, entraîna
la création d’une Ligue, catholique extrémiste,
qui refusa au nouveau roi l’accès à Paris.
Début mai 1590, Henri IV déploya son armée
au nord de la capitale vers le Bourget (Seine-Saint-Denis), Louvres
et Gonesse (Val-d’Oise). Le blocus touchait surtout la
ville de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) et gênait le ravitaillement
de la capitale.
Ayant épuisé les réserves du pays, les armées
rencontraient presque autant de difficultés à se
nourrir que les assiégés. Au début septembre,
le roi décida de lever le siège. La région
au nord de Paris était ruinée, le commerce était
désorganisé. Les paysans et les marchands de Villiers-le-Bel
subirent probablement les conséquences de ces troubles.
L’année suivante, une nouvelle tentative de prise
de la capitale échoua. Devant le chaos qui menaçait
le royaume, Henri IV trancha radicalement : le 25 juillet 1593,
il abjura le protestantisme dans la basilique de Saint-Denis.
Paris lui ouvrit ses portes.
L’Edit de Nantes
Après de nombreuses années d’une guerre
civile intermittente, l’Edit de Nantes, voulu par Henri
IV, accorda aux Protestants la liberté de conscience et
de culte, sauf dans quelques villes dont Paris, l’admission à tous
les emplois et la possession provisoire d’une centaine
de places de « sûreté », à titre
de garantie. Sa signature, le 13 avril 1598, marque la fin des
Guerres de Religions.
Le cours des choses
Henri IV fut assassiné en 1610. Son fils, Louis XIII,
avait 9 ans. La reine devint régente et gouverna le royaume.
En 1619, à Villiers-le-Bel, des moines parcouraient les
rues du village en prêchant devant les maisons des chefs
protestants, en allant de maison en maison, afin d’exhorter
les Protestants à abandonner leur foi et d’intimider
les plus faibles.
L’assemblée des communautés protestantes
réunie à Loudun (Vienne), écrivit à Monsieur
de Montmorency, seigneur du lieu, pour le prier de faire cesser
de telles pressions et obtenir que les Protestants de Villiers-le-Bel
puissent vivre avec la même liberté dont ils disposaient
du temps de son père. Avec l’organisation politique
qu’ils s’étaient donnés, les Protestants
formaient alors comme un état dans l’état.
C’est ce protestantisme politique que le cardinal de Richelieu
voulu supprimer. En 1629, il laissait la liberté de culte
et de conscience aux Protestants ainsi que l’égalité théorique
de droit avec les Catholiques, mais il leur enlevait leurs places
fortes. A partir de cette date, se mit en place une politique
antiprotestante.
Au quotidien
La communauté protestante ne pouvait que s’inscrire
en rupture avec les pratiques religieuses catholiques. A Villiers-le-Bel,
comme ailleurs, les Protestants se réunissaient dans la
maison de l’un ou de l’autre membre de la communauté pour être
instruits dans la religion et pour dire les prières ensemble.
Au cours de ces réunions, les chants religieux ne pouvaient
que manifester la ferveur des familles assemblées lorsque
leurs accents franchissaient les murs de la demeure d’accueil.
Qu’un protestant meurt, on l’enterrait parfois dans
le jardin familial, on le mettait en terre dans le cimetière
de la communauté, lorsqu’il existait, on l’inhumait
dans le cimetière paroissial, mais selon un rituel et à des
heures différents des usages majoritaires. Qu’une
procession du Saint-Sacrement soit organisée, par respect
pour le corps du Christ ainsi exposé, chaque paroissien
se devait de nettoyer la rue devant sa maison. Les familles protestantes,
ne s’y sentant pas tenu, ne balayaient pas devant leur
porte et signifiaient visiblement leur dissidence.
A une époque où l’Eglise tendait à régenter
la vie de chacun, les pratiques divergentes des protestants étaient
perçues comme une insulte à l’ordre divin
et leurs comportements sociaux comme un trouble à l’ordre
public.
Tentatives
Philippe GOUREAU de la PROUSTIERE devint curé de Villiers-le-Bel
en janvier 1648. Il décrit dans ses mémoires les
rapports développés avec ses paroissiens ainsi
qu’avec les protestants du village. Ainsi, Abel PERAULT
disparut en mars 1678, le prêtre inscrivit sur le registre
la mention « converti à la foi ». De la conversion à la
tombe, l’Eglise catholique conservait ainsi dans ses registres
le souvenir de ses victoires sur « l’hérésie » protestante.
Durant le règne de Louis XIV, en 1664, l’Etat créa
une sorte de majorité de conscience qui, contre l’autorité des
parents, permit aux filles de se convertir dès l’âge
de 12 ans et aux garçons dès 14 ans. La pratique
en était plus ancienne comme le montre l’abjuration, à Villiers-le-Bel,
de Marie Madeleine PERAULT, en 1648, à l’âge
de 14 ans. Elle se maria à 19 ans et, lorsqu’elle
décéda à 27 ans, elle est mentionnée
dans les registres comme étant « l’une des
premières converties par le Prieur GOURREAU ».
En 1681, le parti catholique obtint un arrêt abaissant
encore l’âge de raison religieuse à 7 ans.
Discriminations
La taille était un impôt royal pesant sur l’ensemble
d’un village. Les élus de la paroisse en effectuaient
la répartition sur les chefs de famille qui n’en étaient
pas exemptés par leur statut (nobles) ou leur fonction
(officiers royaux, syndic). Les Protestants de Villiers-le-Bel,
qui étaient exclus de la gestion de la paroisse, se retrouvaient
devant une imposition dont ils avaient le sentiment qu’on
les chargeait injustement.
Ce traitement inégalitaire était voulu par le parti
catholique comme le montrent quelques passages des mémoires
de Philippe GOURREAU : « Je donnais de semblables avis
pour réduire (nos hérétiques), à ceux…qui
les pouvaient exécuter (qui pouvaient les réaliser)
Je disais qu’on les devait charger de tailles en leur promettant
le contraire s’ils voulaient retourner à (la religion
catholique) ; ne les point considérer pour aucun emploi… Je
continuais de dire qu’il fallait défendre tout commerce
avec eux, les regarder comme des pestiférés, empêcher
qu’ils n’achètent maisons et terres, qu’on
ne les loge point, que pas un étranger ne puisse s’établir,
les harceler de la sorte pour leur salut… Par ce moyen,
le nombre ne grossira point, ils ne s’enrichiront point… ».
On a ainsi quelques raisons de penser que les Protestants de
Villiers-le-Bel étaient bel et bien grugés dans
la répartition de l’impôt. L’intervention
de l’Etat dans cette politique de discrimination, s’affirma
par l’exclusion des Protestants d’un nombre de métiers
et de fonctions de plus en plus large. Dans tous les villages,
même s’ils étaient à majorité protestante,
les représentants municipaux furent désormais obligatoirement
catholiques. Dans le royaume de Louis XIV, les Huguenots furent
transformés en sujets de seconde catégorie.
La Révocation
En 1685, la cour royale était toute acquise aux pratiques
religieuses du catholicisme le plus strict et à l’élimination
des dissidents. Souverain autoritaire à la tête
du plus puissant royaume européen, Louis XIV ne voulait
pas laisser d’autres paraître meilleurs défenseurs
de l’Eglise de Rome, ni supporter plus longtemps une dissidence
religieuse. Le 18 octobre 1685, pensant qu’il ne pouvait
laisser une partie de ses sujets pratiquer une autre religion
que la sienne, Louis XIV signa la Révocation de l’Edit
de Nantes.
L’Eglise, la nombreuse administration royale et le parti
catholique s’attachèrent à faire disparaître
tout particularisme religieux en France.
Emigration
Bien avant la Révocation, des familles protestantes quittaient
Villiers-le-Bel. La plupart n’étaient pas des agriculteurs,
attachés à la terre, leur gagne-pain, mais plutôt
des artisans, parfois pauvres, partant chercher ailleurs de meilleures
conditions d’exercice de leur métier. D’autres,
au contraire, étaient des marchands aisés s’implantant à Paris
ou délocalisant leurs activités à l’étranger.
Les uns et les autres fuyaient les tracasseries renouvelées
d’une société devenue intolérante.
Après la Révocation et les Dragonnades, le flux
des fugitifs s’est intensifié.
Sur 197 migrants originaires de Villiers-le-Bel, 39% se déplacèrent
vers l’Angleterre. De ce lot, 37% se rendirent en Hollande,
15% se retrouvèrent dans les principautés allemandes.
Presque marginalement, 4% s’orientèrent vers la
Suisse, et 2% se réfugièrent en Irlande.
Commencée au début du XVII° siècle,
l’émigration protestante s’accentua notablement
après la Révocation de 1685. La richesse de la
communauté protestante de Villiers-le-Bel apparaît
bien au moment de la collecte de l’impôt. En mars
1688, les collecteurs des tailles remarquèrent « que
plusieurs des Nouveaux Convertis de ladite paroisse étant
passés dans les pays étrangers, que le Roi a réuni à son
domaine tous leurs biens ; qu’il leur est impossible de
les imposer à la taille et que les sommes qu’ils
payaient montent à plus de deux milles livres… ».
Beaucoup de familles demandèrent leur naturalisation et
s’implantèrent durablement dans les pays d’accueil,
même si les conditions de départ du pays natal ne
furent pas très favorables à ceux qui n’avaient
ni argent, facile à emporter, ni relations, utiles en
toutes occasions.
Violences
La Révocation de l’Edit de Nantes mit la communauté protestante
française en extrême difficulté. Ceux qui
le purent s’enfuirent vers les pays protestants ou tout
au moins les états tolérants. Ceux qui restèrent
se convertirent, mais beaucoup demeurèrent intérieurement
profondément attachés à leur foi, fuyant
la messe, instruisant leurs enfants dans le protestantisme, refusant
les sacrements au moment de mourir.
Face à une obstination assez généralisée,
le pouvoir royal eut recours à la force, en faisant emprisonner
les plus récalcitrants. Les tribunaux du royaume n’hésitèrent
pas à prononcer les peines les plus sévères
contre ces beauvillésois :
• Etienne HOUZEL est condamné aux Galères pour
avoir fait évadé du royaume plusieurs nouveaux convertis.
• Jean ROUSSEAU est arrêté dans le Dauphiné alors
qu’il cherche à sortir du royaume. Le Parlement de
Grenoble (Isère) le condamna à 4 ans de Galères.
• Jean BONNEL est arrêté sur le chemin de Lille
(Nord). Il est accusé de sortir du royaume et condamné par
le Parlement de Tournai (Belgique) aux Galères à perpétuité.
Il entendit son jugement tête nue et à genoux. Il
sera libéré en juin 1713, par ordre du roi, à condition
de sortir du royaume. Cela tombait bien, c’est probablement
ce qu’il souhaitait !
L’Etat utilisa également la violence la plus aveugle
en ayant recours aux Dragonnades. Il s’agissait d’installer
la troupe dans les maisons récalcitrantes avec autorisation
de vivre sur l’habitant et même un peu plus ; car
ces soldats, établis en terrain conquis, sûrs de
leur impunité, exigeaient, brutalisaient, pillaient, abusaient
et violaient à l’occasion.
« Le Roi envoya aussi d’Artagnan, major de son régiment
des Gardes, avec deux- cent soldats, à Villiers-le-Bel… pour
obliger les Huguenots qui y étaient en grand nombre à se
convertir ; mais il n’y trouva plus que quelques restes de
familles, tout le reste s’étant enfui... ».
Ces Mousquetaires qui avaient investi Villiers-le-Bel, avaient
trouvé le village quasiment abandonné. Par peur,
tous les habitants, Catholiques et Protestants mêlés,
s’étaient enfuis. Faute de personnes à malmener,
les soldats se défoulèrent sur les maisons et commencèrent à les
démolir. « Les maîtres étant revenus
et ayant déclaré qu’ils étaient catholiques,
le Roi a fait refaire ce qui avait été démoli ».
Bien peu de personnes résistèrent à ce régime.
Elles n’avaient d’autres alternatives que de subir
les troupes ou d’aller à la messe et de signer leur
acte de conversion. 200 soldats à Villiers-le-Bel, c’était
3 à 4 soudards par maison protestante, c’était
3 à 4 chevaux supplémentaires à nourrir
dans l’écurie, c’était beaucoup. La
violence triompha.
Les conversions ainsi obtenues ne pouvaient être sincères.
Nous ne retiendrons qu’un exemple : en août 1689
Isaïe PORCHER est à la fin de sa vie ; face aux démarches
du prêtre « Il a dit qu’il voulait mourir dans
la Religion (réformée) avec grande obstination
et n’a point voulu être confessé. Et après
lui avoir dit qu’il avait fait abjuration, il nous a répondu
qu’il l’avait fait par force… attendu qu’il
y avait des soldats qui lui ont mangé plus qu’il
n’avait ». C’est par la violence que l’Eglise
et l’Etat sont venus à bout des Protestants.
Résistance
Avant la Révocation de l’Edit de Nantes, les pressions
diverses amenèrent quelques Protestants à rejoindre
la paroisse catholique. Après la Révocation et
les Dragonnades, 205 abjurations du protestantisme ont été enregistrées
dans les registres de Villiers-le-Bel.
Ces abjurations ne grossirent pas le nombre des paroissiens,
car derrière un catholicisme de façade, se dissimulait
une conviction demeurée intacte comme le montrent les
attitudes de refus au moment de mourir.
En 1687 « …Noël PETIT est décédé depuis
une heure ou environ, sans avoir voulu se confesser ni recevoir
les sacrements. Comme ledit PETIT a commis en cela le crime de
relaps, puisqu’il est mort dans la Religion Prétendue
Réformée, le procureur fiscal nous a requis pour
que nous nous transportions dans la maison où ledit PETIT
est décédé, pour faire emporter son cadavre
dans la geôle de ce lieu. Nous avons appris que la veuve
du défunt et ses enfants s’étaient absentés
et qu’ils avaient pris et emporté la meilleure et
plus considérable part de leur meuble. ».
En 1738 meurt relaps le sieur HOUZEL, marchand. Il est enterré dans
son jardin et ses biens sont saisis.
Fortement engagé dans la lutte contre le protestantisme
local, le prieur GOURREAU était assez désenchanté à la
fin de sa vie. Il écrit en avril 1690 : « …affaibli
par un surcroît de travail que les nouveaux convertis de
ce lieu m’ont donné, étant chargé d’un
grand peuple… sans parler des hérétiques
dont les plus accommodés (bien 30 familles) se sont retirés
dans les pays étrangers… quelques 30 familles pauvres
et forts obstinées étant demeurées par nécessité… A
leur mort ils ne se soucient pas qu’on les jette à la
voierie, ce qu’on ne fait pas pour autant. Ils les enterrent
dans quelque cour ou jardin …».
Permanence
L’Etat finit par s’interroger sur l’efficacité de
la contrainte pour obtenir des conversions durables. En 1698,
les recommandations du pouvoir royal préconisaient un
assouplissement de la rigueur qui prévalait jusque là,
sans toutefois revenir sur le principe de la Révocation.
La mort de Louis XIV en 1715 n’y changea rien. Tous les
gouvernants ultérieurs maintinrent la législation
antiprotestante par peur d’affaiblir l’Etat en reconnaissant
l’erreur qu’avait été la Révocation.
Entre 1770 et 1792, des Beauvillésois restés protestants
se mariaient à Tournai
(Belgique); aux ambassades parisiennes de Suède et de
Hollande; ou encore à l’Eglise Réformée
de Paris. Il y eut longtemps encore des emprisonnements et des
condamnations aux galères. Toutefois, une tolérance
s’établit peu à peu, mais il fallut attendre
1787 pour qu’un état civil soit officiellement accordé aux
Protestants, sans que la liberté de culte leur soit reconnue
juridiquement.
Durant la Révolution de 1789, bien que la majorité de
la population de Villiers-le-Bel se soit prononcée contre
la célébration publique du culte protestant, les
habitants demandèrent dans leur Cahier de Doléances
: « La tolérance religieuse », et « La
restitution des biens saisis sur les protestants sous le règne
de Louis XIV… ». A cette époque, Il semble
que 15 à 20 couples protestants habitaient encore le village.
La plupart allaient bientôt s’installer à Paris
pour y exercer leurs activités de commerce.
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REsumE
:
Au 16° siècle, en Europe, l’Humanisme
développa une attitude critique vis-à-vis
de la religion et du clergé. L’invention
de l’imprimerie permit une large diffusion de
la Bible et des idées nouvelles désignées
sous le nom de Réforme ou de Protestantisme.
Le protestantisme français émergea dans
les années 1530-1540 autour de la doctrine élaborée
par Calvin. Entre 1560 et 1670, la France comprenait
de 1 million à 1,5 million de protestants pour
un royaume de 20 millions d’habitants. Vers 1680,
la communauté protestante de Villiers-le-Bel
comptait 400 à 500 personnes soit le quart du
village. Après Paris et Charenton, il s’agissait
de la plus importante communauté protestante
de la région parisienne. Son origine et sa survie
sont liées à plusieurs facteurs :
• commerçant avec Paris, les marchands
de dentelle beauvillésois furent séduits
par les idées nouvelles et les diffusèrent
dans leur maisonnée,
• l’ascendant de ce patronat sur leurs ouvrières
a favorisé la diffusion du protestantisme chez
les dentellières et leur famille,
• la présence ancienne d’une école
faisait de Villiers-le-Bel un village de lecteurs,
• les seigneurs catholiques, absents du village,
on été tolérants ou indifférents.
• les origines familiales communes, les mariages
et la solidarité de la communauté ont
joué un rôle d’amortisseur face à la
répression.
A partir
de 1534, les premières persécutions
contre les Protestants apparurent en France. Vers
1560, le calvinisme était devenu un parti
politique. En 1562, commença une guerre
civile qui se développa pendant 36 années
: les « Guerres de Religions ». Le
seigneur de Villiers-le-Bel, Anne de Montmorency,
mourut en 1567 dans l’un de ces combats, à la
bataille de Saint-Denis.
A partir du 24 août 1572, les troupes royales
parisiennes exécutèrent les élites
protestantes. Les extrémistes catholiques
déclenchèrent une sanglante émeute
contre les protestants plus modestes. Pendant le
massacre de la Saint Barthélemy, 3000 personnes
furent tuées à Paris. Aucune violence à Villiers-le-Bel,
mais l’événement enferma chacun
dans la méfiance.
En 1589, le roi meurt, son successeur était
un cousin protestant : le futur Henri IV. Une Ligue
de catholiques extrémistes lui refusa l’accès à sa
capitale. Le chaos menaçant le royaume,
En 1593, Henri IV abjura le protestantisme dans
la basilique de Saint-Denis. Paris lui ouvrit ses
portes.
En 1598, ce roi signa l’Edit de Nantes qui
accordait la liberté de conscience et de
culte aux Protestants et la disposition de places
fortes. Ce fut la fin des Guerres de Religions.
Henri IV fut assassiné en 1610. Son fils,
Louis XIII, avait 9 ans. La reine devint régente
et gouverna.
Ministre de Louis XIII, Richelieu s’opposa
au protestantisme politique et enleva aux Protestants
leurs places fortes. A partir de 1629, une politique
antiprotestante se mit en place.De 1648 à 1695, Philippe GOUREAU de la PROUSTIERE
fut prieur curé de Villiers-le-Bel et raconta,
dans ses mémoires, ses rapports avec ses paroissiens
ainsi qu’avec les Protestants du village. Durant
ces années, une certaine discrimination et
de fortes pressions furent exercées pour obliger
les Protestants beauvillésois à se
convertir, mais sans grands succès.
En 1685, pensant qu’une partie de ses sujets
ne pouvait pratiquer une autre religion que leur
roi, Louis XIV signa la Révocation de l’Edit
de Nantes. L’Etat s’attacha à faire
disparaître tout particularisme religieux en
France y compris par la violence des prisons, des
galères et des dragonnades. Le major d’Artagnan
commanda 200 mousquetaires du roi qui vinrent s’installer à Villiers-le-Bel.
Une part importante des Protestants beauvillésois émigra
vers les pays à majorité protestante,
ou plus tolérants, et s’y fit naturaliser.
Sous la pression, beaucoup de ceux qui n’émigrèrent
pas se convertirent au catholicisme tout en restant
profondément attaché au protestantisme.
Louis XIV meurt en 1715. Les gouvernants ultérieurs
maintinrent la législation antiprotestante
par peur d’affaiblir l’Etat en reconnaissant
l’erreur qu’avait été la
Révocation. Une tolérance s’établit
peu à peu sans que la liberté du
culte protestant soit reconnue juridiquement.
Durant la Révolution de 1789, les beauvillésois
demandèrent dans leur Cahier de Doléances
: « La tolérance religieuse »,
et « La restitution des biens saisis sur les
protestants sous le règne de Louis XIV ». A cette époque, 15 à 20 couples protestants
habitaient encore le village. Mais la plupart allaient
bientôt s’installer à Paris pour
y exercer leurs activités de commerce.
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