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Mise à jour
25/07/2007 |
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| Pièce
de
5 francs en argent. Napoléon III Empereur, année
1869. |
(1)
Un coup d’État, c’est l’action
d’une autorité
qui viole les formes constitutionnelles afin de prendre le pouvoir au
sommet de
l’État. C’est la conquête du
pouvoir politique par des moyens illégaux.
(2)
Un plébiscite est un décret imposé par
le vote
direct du peuple. Ce vote peut avoir pour objet de légaliser
un coup d’État ou
de ratifier un acte exceptionnel du pouvoir exécutif. Dans
la Constitution
de la VeRépublique
(1958), le référendum est un dispositif
équivalant au plébiscite. D’ailleurs en
Suisse, le mot plébiscite est synonyme
de référendum, dans une
société où les dispositifs de
démocratie directe sont
nettement développés.
(3)
Louis-Napoléon Bonaparte est le fils de Louis
Bonaparte, roi de Hollande (1806-1810), frère cadet de
Napoléon Ier
.
Il
prit pour nom Napoléon III afin de respecter la
mémoire du fils de Napoléon Ier,
proclamé roi de Rome à sa naissance, mais
n’ayant jamais régné ni sur Rome ni
sur la
France.
(4)
Un régime autoritaire est un système politique
dans lequel le pouvoir exécutif est investi d’une
autorité écrasant les
pouvoirs législatif et judiciaire.
(5)
Les conscrits sont les jeunes gens d’un même
âge
appelés annuellement et inscrits sur les rôles
(registres) militaires afin de
préparer leur départ pour le service militaire,
leur formation de soldat. Ce
système de recrutement militaire est appelé
conscription, c’est-à-dire inscrits
ensemble d’après la langue latine.
(6)
Archives Départementales du Vald’Oise - CERGY -
9M990. Seuls les États Récapitulatifs des
années 1866 et 1872 font apparaître
un intérêt pour le degré
d’instruction de la population recensée.
Pièce
de
5 francs Cérès. République
française, année 1870
(7)
Alfred Chanzy, général qui commandait la 2e
armée
de la
Loire en
1870-1871. Il fut gouverneur de l’Algérie en 1873.
(8)
Le siège de Paris commence le 19 septembre 1870.
La reconquête de la capitale par l’armée
française opposée au peuple en armes
de la
Commune
se déroule du 21 au 27 mai 1871. Par le traité de
Francfort, 10 mai 1871, la France cède
l’Alsace et une
partie de la
Lorraine
et doit payer 5 milliards d’indemnité au
vainqueur.

La
plume d'oie ou de coq, après avoir été
correctement taillée, permettait, par une diffusion
régulière de l'encre, de tracer les pleins et les
déliés des lettres de l'alphabet.

Les
plumes d'acier imitaient la taille que l'on effectuait sur les plumes
d'oiseau et en conservèrent la dénomination. Il
s'agit ici de la
célèbre marque Sergent Major utilisée
dans les écoles primaires
françaises jusqu'aux années 1960 (Sarcelles,
Maison du Patrimoine).
Plumier
en bois qui permettait de ranger crayons, plumes et porte-plumes dans
le
cartable, Sarcelles vers 1914 (Sarcelles, Maison du Patrimoine).

Boulier
utilisé à l'apprentissage du calcul dans les
écoles vers 1930 (Sarcelles, Maison du Patrimoine).

Vers
1830, les ardoises étaient utilisées par les
enfants des
familles pauvres lors de leurs exercices d'écriture. Les
écoliers issus de milieux plus aisés pouvaient
seuls
s'exercer sur des cahiers de papier plus chers. Modèle des
années 1930 (Sarcelles, Maison du Patrimoine).
(9)
Janvier 1875, Amendement Wallon :Le président de la
République
sera élu par la Chambre
des Députés et le Sénat. 24
février 1875 : Loi organisant le Sénat. 25
février
1875 : Loi organisant les pouvoirs publics.
(10)
Jules Ferry, ministre de l’Instruction publique,
anticlérical, socialiste, radical, libéral, est
né en 1832. Avocat à 19 ans, il
est député de Paris en 1869, maire de la capitale
durant le siège de 1870-1871,
chef de la gauche républicaine.
(11)
Une commission municipale était chargée de
surveiller la fréquentation scolaire.
L’école était obligatoire de 6
à 13 ans.
Les enfants qui avaient obtenu leur certificat
d’études primaires pouvaient
quitter l’école à 11 ans.
(12)
À partir de la loi de mars 1882, l’enseignement
religieux ne peut être donné dans les
écoles publiques qu’en dehors des heures
de classe. En retirant aux autorités religieuses le droit de
contrôle prévu par
la loi de 1850, il ne restait plus qu’à
laïciser l’ensemble du personnel par la
loi d’octobre 1886 et à faire en sorte que ce soit
le Trésor public qui verse
le salaire de ces nouveaux fonctionnaires, ce fut chose faite par la
loi de
juillet 1889. En 1882, l’enseignement primaire devient libre,
c’est-à-dire
neutre sur le plan des doctrines religieuses. Ce que l’on
traduit par laïc.
(13)
Archives Municipales de Villiers-le-Bel.
(14)
Le Certificat d’études primaires attestait
qu’un élève avait réussi
à l’examen de fin d’études
primaires. Il a été créé en
1834, supprimé en 1849, restauré en 1882.
(15)
Le Baccalauréat est le premier grade universitaire.
Il s’obtient au terme des études secondaires et
donne le titre de bachelier. Il
n’existait à l’époque que
quatre options : philosophie, sciences
expérimentales, mathématiques
élémentaires, mathématiques techniques.

Les
bons points qui récompensaient les exercices
réussis vers 1950 (Sarcelles, Maison du Patrimoine).
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mutations
SOCIALES
Savoir lire et
écrire, l’école
de la
République
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Villiers-le-Bel 1866-1872
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Dans la famille
Bonaparte, le neveu
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En
1848, le prince Louis-Napoléon avait
été élu président de la
République au suffrage universel,
pour 4 ans. Il n’était pas
rééligible, mais il souhaitait
rétablir la dynastie
familiale. Aussi, il organisa un coup d’État(1) en
décembre 1851. Par un plébiscite(2), les
Français lui donnèrent
tous les pouvoirs. L’Empire était
rétabli. Louis-Napoléon Bonaparte prit le nom
de Napoléon III(3) et
mena un régime autoritaire(4).
Pendant le second Empire, l’Église
étendit son emprise sur la formation des
instituteurs en particulier et sur l’instruction publique en
général. En 1863,
sur un peu moins de 5 millions d’enfants en âge
scolaire, 900 000 n’étaient pas
scolarisés. Dans les mêmes années, 37 %
des conscrits(5) étaient
illettrés.
L’État
Récapitulatif(6) de
la population de Villiers-le-Bel, d’après le
dénombrement réalisé en 1866,
recense 2 107 habitants dont 742 pensionnaires ne demeurant pas dans la
même
commune que leurs parents. Ce qui représente un total de 1
365 habitants.
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| Détail
de
l’État Récapitulatif de la Population
de Villiers-le-Bel, 1866 (Arch. Dép. du Val-d’Oise) |
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Le
tableau N° 5 classe la population masculine et
féminine d’après un degré
d’instruction apprécié suivant que
l’on sait seulement lire ou que l’on
maîtrise lecture et écriture, le surplus
étant relégué dans les
analphabètes.
Une case était prévue lorsque
l’enquêteur n’avait pu
vérifier le niveau
d’instruction. En cette année 1866, aucune
personne n’échappa à
l’examen. La
case “Ne sachant ni lire ni écrire”
regroupe 253 personnes âgées de 0 à 100
ans
et plus. Le tableau N° 6 nous indique 108 enfants
âgés de 0 à 5 ans dont peu
devaient savoir lire et écrire. Ce qui nous permet de
relativiser le nombre des
analphabètes recensés en faisant ressortir la
population pré-scolaire. 104
hommes et femmes peuvent seulement lire, sans que nous puissions
apprécier leur
niveau réel (du déchiffrement à la
lecture rapide). 1 750 personnes ont déclaré
savoir non seulement lire mais également être
capables de manipuler plumes et porte-plumes.
Il est assez
symptomatique de cette époque de lente
diffusion de l’école
primaire que l’appréciation du degré
d’instruction se soit faite à partir des
indicateurs élémentaires de la lecture et de
l’écriture. Ces matières
représentaient
les premières marches vers un savoir qui ne soit pas issu
des familles (savoirs
empiriques, pratiques professionnelles, gestes traditionnels).
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Classe
de
garçons de l’école communale de
Villiers-le-Bel, vers 1904.
L’instituteur
prussien a gagné la guerre
|
Le
second Empire sombra dans la guerre contre la Prusse. La
défaite de
1870-1871 et la perte de l’Alsace-Lorraine avaient
entraîné un traumatisme considérable
en France et un violent esprit de revanche qui passait par une
revalorisation
de l’enseignement primaire. Au vu du conscrit prussien, alphabétisé,
capable de lire une carte et de comprendre
les ordres dans une langue commune, c’est
l’instituteur prussien qui avait
gagné la guerre et donc c‘est
l’instituteur français qui l’avait
perdue. Cette
vision incita à une réforme de
l’école. La phrase de Chanzy(7) adressée
aux enseignants résume
les mentalités : “Faites-nous des hommes, nous en
ferons des soldats.” Le 4
septembre 1870, la IIIe
République
fut proclamée à
Paris.
L’État
Récapitulatif(6) du
dénombrement de l’année 1872 recense 1
735 habitants à Villiers-le-Bel. La baisse
sensible de population est à imputer partiellement
à la diminution du nombre de
pensionnaires dont on ne retrouve que 481 enfants, soit une baisse de
65 %. Le
siège de Paris(8) par
l’armée prussienne a empêché
le déplacement de ceux qui sont restés et
éloigné
de nombreuses familles bourgeoises dont les enfants étaient
pensionnaires dans
les campagnes parisiennes. Villiers-le-Bel totalise 1254
habitants.

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Détail de
l’État Récapitulatif de la Population
de
Villiers-le-Bel, 1872 (Arch. Dép. du Val-d’Oise)
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Le
tableau
N° 5
inscrit
la population masculine et féminine
d’après le degré
d’instruction apprécié suivant
les mêmes critères qu’en 1866 (lecture,
écriture) mais en introduisant trois
grandes catégories d’âge : 0
à 6 ans, 6 à 20 ans, 20 ans et au-dessus. Au
total, 262 personnes sont analphabètes dont 122 enfants, ce
qui ne doit pas
surprendre pour les tous jeunes écoliers et ceux
n’ayant pas fait leur première
rentrée scolaire. 17 enfants de la même tranche
d’âge savent seulement lire,
deux fillettes maîtrisent en plus
l’écriture. Il s’agit des
éléments scolarisés
les plus précoces ou d’enfants issus
d’un milieu lettré ayant
démarré les
apprentissages dans le cadre familial. 25 enfants et jeunes gens (6
à 20 ans) sont
analphabètes. Il s’agit des scolarisés
de moins de 12/13 ans les moins avancés
et de jeunes gens n’ayant pas, ou peu,
fréquenté l’école, ou en
n’en ayant tiré
que peu de savoir.
En cette
année, 115 adultes (+ de 20 ans)
sont analphabètes.
6 enfants et jeunes gens (6 à 20 ans) ainsi que 20 adultes
(+ de 20 ans) savent
seulement lire. 658 personnes, soit l’énorme
majorité des enfants et des jeunes
gens (6 à 20 ans) ainsi que les 481 pensionnaires, savent
lire et écrire. 772
adultes (+ de 20 ans) savent lire et écrire. Au total, 1 432
personnes savent
lire et écrire. Les chiffres sont du même ordre de
grandeur que ceux mentionnés
six ans plus tôt. Leur ventilation en trois
catégories d’âge permet une analyse
sensiblement plus fine, bien que la tranche d’âge
6-20 ans soit peu utile pour
l’analyse de l’analphabétisme, car elle
regroupe des jeunes aux situations disparates.
Aux alentours de 1870 à Villiers-le-Bel, 15 % de la
population adulte (+ de 20 ans)
est analphabète. C’est bien moins que les taux
rencontrés dans plusieurs
régions de la France
provinciale de l’époque ou chez les conscrits.
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| Des
conscrits photographiés devant la salle des fêtes
municipale de Villiers-le-Bel,
vers 1905. |
Les enfants de Jules
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Après
une période d’instabilité politique,
les lois de 1875 définissent le cadre
institutionnel de la IIIe
République(9). Jules Ferry(10) affirmait
qu’il était important
de “faire disparaître... la plus redoutable des
inégalités qui viennent de la
naissance, l’inégalité
d’éducation...”. La transformation de la
mission
d’instruction en mission d’éducation
obligea à une expansion des objectifs de
l’école au-delà du
lire-écrire-compter. Encore fallait-il que
l’école soit
accessible à tous. La loi de juin 1881 institua la
gratuité absolue. Celle de mars
1882 rendit l’école obligatoire(11) et
laïque(12).
L’instruction civique et morale se substitua à
l’instruction religieuse.
Dorénavant, les Français étaient unis
par l’appartenance à une même patrie et
par la conscience de leurs intérêts
communs.
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| Classe de filles de
l’école communale de
Villiers-le-Bel, vers 1912 |
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Dans
le registre(13) regroupant
les tableaux annuels
de recensement des conscrits sur la période de 1864
à 1905, figure également
une évaluation du niveau d’instruction des jeunes
gens de 20 ans devant faire leur
service militaire. Cinq catégories sont
proposées. On retrouve les “Lire
seulement”, “Lire et écrire”
et “Ne sait ni lire ni écrire”
rencontrés dans les
documents précédents, mais également
les “Instruction primaire plus
développée”
et “Diplôme ou brevet institué par la
loi du 21 juin 1865”(14),
“Bachelier ès Lettres ou ès
Sciences”.
Année
après année, une dizaine de
Beauvillésois est recensée. La lecture et
l’écriture sont maîtrisées
par la majorité. Presque chaque année,
jusqu’en
1880, l’un d’entre eux est
repéré comme ne sachant que lire, voire comme
analphabète.
En 1886, l’un des conscrits est incapable de signer de son
nom. Pendant les
vingt premières années, la signature est une
simple écriture du patronyme. À
partir de 1886, on voit se dessiner des signatures
révélant une plus grande
aisance. D’ailleurs, à partir de 1880, les
degrés 3, 4 et 5 apparaissent,
signalant une élévation du niveau
d’instruction. Pour cette première
année, il
s’agit de jeunes gens scolarisés à
partir de 1866. La même année 1880, l’un
des
jeunes gens est nanti de son Certificat d’études
primaires(14).
L’année suivante, un autre est
bachelier(15).
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| Le modèle de
“l’écolier”
s’imposera dans la
photographie de studio des enfants scolarisés.
Villiers-le-Bel vers 1928. |
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La
progression ne se démentira pas dans les
années qui suivront. Il faudra
rechercher à quel événement attribuer
cette évolution :
Des
moyens supplémentaires donnés à
l’école communale ? Un changement dans les
méthodes
d’enseignement ? Peut-être l’ouverture
d’un établissement privé plus
performant
? Quoi qu’il en soit, le niveau continuera de
s’élever au point que, dans les
années 1890, plusieurs jeunes gens sont
répertoriés au niveau 5. L’un
d’eux
prépare l’École Polytechnique au
lycée parisien Saint-Louis, deux frères sont
élèves à Polytechnique, un autre est
étudiant en Droit. Leurs parents ne sont pas
de simples cultivateurs ou de petits commerçants. Il
s’agit de négociants, de
rentiers. Il faudra attendre quelques décennies pour que les
enfants méritants
des milieux populaires puissent plus massivement progresser dans
l’échelle
sociale grâce à l’école. Les
prémices locales de cette évolution sont
données
en 1891 par un fils de jardinier devenu... instituteur public.
C’est
du début de la IIIe République
que datent les conditions
permettant une approche de l’égalité
des chances. La diffusion du modèle du
“bon élève” marqua
l’entrée dans un schéma de
société où la réussite
sociale
est liée au mérite personnel : de bons
résultats scolaires amènent un bon
métier, les fils peuvent faire mieux que leurs
pères. L’école permet aux
meilleurs élèves de négocier une
ascension sociale devenue une valeur légitime.
L’école est le premier rouage d’une
machine qui sélectionne à chaque étape
les
meilleurs pour employer leurs compétences dans
l’intérêt de la
société globale.
Cette conviction s’est progressivement imposée
comme étant le devoir de la
République.
Dominique
RENAUX

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