gare
NAiSSANCE
D'UNE
BANLIEUE
À la fin du XIX° siècle, l'activité des
villages autour de Paris est principalement tournée vers l'agriculture.
La proximité d'un
marché à même d'absorber la production stimule le plat pays depuis
longtemps. A Villiers-le-Bel, comme dans d'autres bourgs alentour,
de petites industries existent depuis plusieurs siècles : des
plâtrières, les fabriques de dentelles, ainsi que de nombreux
artisans et commerçants. Ici, plus qu'ailleurs peut-être, les
rues du village sont animées par les 450 enfants qu'accueillent
les pensions (1), et par les occupants de nombreuses résidences
appartenant à des nantis ayant jeté leur dévolu sur ce coin de
campagne.
Dans le nord du pays, lancé dans l'industrie textile
poussée par les innovations techniques, la révolution
industrielle émerge. Pour se développer, celle-ci a
besoin d'accélérer la circulation de nouveaux produits
que ses machines fabriquent en série. Le chemin de fer
favorisera leur diffusion rapide, il entraînera tout le
système.
La construction ferroviaire exige de grosses mises de fonds au
départ. Les grandes banques d'affaires vont orienter
l'épargne de leurs clients et les capitaux disponibles vers un
investissement produisant de forts bénéfices (2).
En 1845, la ligne Paris-Lille par Pontoise est lancée.
En 1854, le trafic augmentant, la Compagnie du Chemin de Fer du Nord étudia une
seconde ligne plus directe partant de Saint-Denis, se dirigeant vers Chantilly
sans toucher aucune localité, C'est ainsi que la gare de Villiers-le-Bel-Gonesse
fut construite au milieu des champs, à quelques centaines de mètres au-delà des
limites de notre commune sur le territoire d'Arnouville, à cheval sur la vieille "Voie
des Asniers" qui permettait depuis des siècles de rejoindre les moulins établis
sur la petite rivière du Crould. La ligne fut ouverte à la circulation en 1856.
En 1931 le recensement de la population de Villiers-le-Bel
dénombre 2153 habitants dans le village et 2106 habitants pour
les quartiers proches de la gare. Moment d'équilibre
numérique entre l'ancien monde et l'esquisse d'une
société nouvelle à l'aube de son
développement (3), Belges, Italiens, Polonais, Arméniens,
mais aussi Tchèques, Russes, Suisses et Anglais forment la plus
grosse partie des populations déplacées par les
nécessités de l'économie ou de lointains
génocides. Portugais et Espagnols n'apparaissent que très
marginalement.
Au total, 6% de la population provient de l'immigration, une bonne moitié est
issue d'une mobilité intérieure plus ou moins récente. Née au début du siècle
au bord des voies ferrées, la banlieue des origines est la fille bâtarde de la
misère urbaine et des intérêts bien compris de la bourgeoisie au pouvoir.
S'affirmant au moment de la Grande Crise, la banlieue moderne
s'épanouira dans les HLM de l'après-guerre, lorsque les
bidonvilles seront devenus insupportables et l'accueil des
rapatriés de divers horizons, une priorité.
Nous sommes le produit de cette alchimie complexe.
(1) Archives Municipales, Recensement
de 1886 : 328 maisons, 439 logements, 489 menages, 57 locaux
servant d.ate!iers ou de boutiques, 2071 habitants dont
452 pensionnaires .
{2) Jean Pierre ROUX, La révolution Industrlelle, 1780-1880,
colL. "Point Histoire", le Seuil, 1971.
(3) Archives Municipales. Recensement de 1931. VIllage ancien
: 466 maisons, 677 ménages, 2153 habitants. Quartiers proches
de la gare : 532 maisons, 675 ménages, 2106 habitants.