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De Villiers-le-Bel à Valmy
 

 
> Mise à jour
25/07//2006
à partir de la revue Sakamo (n°2, printemps 2001,  p. 2 à 5)
(1)Archives municipales de Villiers-le-Bel

(2) Ses aînés rentrent dans l’armée, ses cadets dans l’Église.
 (3) Le haut clergé (abbayes, monastères, évêques...) est souvent seigneur féodal et bénéficiaire de la dîme (1/10e des récoltes). Le bas clergé ne perçoit que la portion congrue. À Villiers-le-Bel, la seigneurie dépend de l’Abbaye de Saint-Denis. Grosse et riche paroisse, le prieuré de Villiers-le-Bel dépend de l’Abbaye de Saint-Victor de Paris.
(4)BERTAUD-COUTURE.
(5) États généraux : assemblées consultatives réunies par le roi dans des cas importants et où siégeaient les représentants des trois ordres ou états (clergé, noblesse, tiers état ou bourgeoisie). Ils furent réunis en 1302, 1357, 1588, 1614 et mai 1789.
(6) Constituante : Assemblée nationale qui élabora la Constitution proclamée en 1791.
(7) Fête de la Fédération : Fête du premier anniversaire de la prise de la Bastille célébrée au Champ de Mars à Paris. À cette occasion les délégués de la garde nationale de chaque département prêtèrent serment à la nation, la loi, le roi. Ce fut l’occasion d’affirmer fortement une volonté collective d’unité de la nation.
(8) La liberté : c’est le refus de l’arbitraire, la création des juges d’instruction, une justice publique avec jury populaire tiré au sort, la présomption d’innocence, des peines proportionnelles aux délits, l’abolition de la torture, du pilori, du marquage au fer rouge. C’est aussi la liberté d’opinion et de conscience (religion).
(9) L’égalité : c’est une société où les hommes ne sont plus définis par leur naissance (noble, roturier), mais sont maîtres de leur avenir individuel par leur talent, leur travail, leur mérite. C’est une société d’individus égaux devant la loi, ce que traduit le terme de citoyen. Ce n’est pas encore l’égalité des droits politiques (exclusion des pauvres, des domestiques, des femmes).
(10) Autriche : Empire associé au royaume de Hongrie. Il étendait son pouvoir sur divers territoires dont une partie de l’Italie, la Slovénie, la Galicie polonaise, etc. Il disparut en 1919 pour laisser la place à des Etats distincts.
(11) Prusse : Royaume autour duquel s’organisa l’Empire allemand en 1871.
(12) François FURET, Denis RICHET, La Révolution. Des états généraux au 9 thermidor - 1965. Page 245
(13) Marc BOULOISEAU, La République jacobine - 1972. Page 49.
(14) Registre des délibérations municipales. Année 1792.
(15) Registre des délibérations municipales. Année 1792, 6 septembre. Délibération N° 182.
(16) Registre des délibérations municipales. Année 1793, 19 mars..
(17) Jean-Paul BERTAUD, Valmy. La démocratie en armes - 1970. Page 236.

Monnaie de bronze de 1 sol dit sol aux Balances. Mention de Liberté, Égalité, 1793 et de République Françoise, an 2, les hommes sont égaux devant la loi. Le profil royal a disparu des monnaies. La Convention proclama la République, condamna Louis XVI et le fit guillotiner en 1793.
(18) Argonne : Région de collines boisées et humides dans l’est du Bassin parisien, difficilement franchissable hors de cinq passages.
(19) Jean-Michel GAILLARD, Valmy : la légende héroïque - L’HISTOIRE N°125 - Septembre 1989.

DE VILLIERS-LE-BEL A VALMY
 

De Villiers-le-Bel à Valmy

1792, une armée de volontaires


Dans le cahier de papier(1) qui servit à noter les chiffres du recensement des habitants de Villiers-le-Bel réalisé en mars 1780, a été inscrit ultérieurement la liste des volontaires de 1792 engagés dans le vaste mouvement populaire de défense de la nation naissante qui les poussa sur les routes vers les frontières.



C’est cette conscription avant la lettre, replacée dans l’enchaînement des évènements, que nous vous présentons.


Une société politiquement bloquée

Dans la France du XVIIIe siècle, le roi regroupe tous les pouvoirs (exécutif, législatif, judiciaire). La population, principalement rurale, est divisée en ordres (noblesse, clergé, roturiers 98 %). La haute noblesse vit à la cour de Versailles. La petite noblesse, appauvrie, vit dans ses manoirs provinciaux(2). Le clergé est garant d’un ordre social qui serait voulu par Dieu(3). Au long du siècle, le pays connaît une expansion économique qui profite aux gros propriétaires terriens mais apporte peu à la masse des petits paysans et des salariés. Lorsque surgirent les mauvaises récoltes de 1788-89 et compte tenu des idées qui circulaient, le peuple avait sous la main le responsable, celui qui s’enrichit : le privilégié, le seigneur. À la ville, l’enrichissement global de la société a stimulé les réussites de boutiquiers, d’artisans, de négociants. Dès le milieu du siècle, la bourgeoisie parisienne est un laboratoire d’idées où s’affirme l’esprit de réforme. Cette revendication exprime une humiliation sociale ressentie face aux privilèges d’une noblesse perçue comme inutile.

Crises

Suite à l’Édit royal de juillet 1787 créant les Assemblées provinciales, Villiers-le-Bel se dota d’une municipalité dès le mois d’août. La première réunion de la municipalité eut lieu en mars 1788(4). En1788, l’État endetté est au bord de la faillite. Faute de pouvoir imposer la noblesse qui défend ses intérêts, le roi convoque les États généraux(5). L’engrenage de l’opinion publique est en route. Au moment où s’ouvrent les États généraux (1789), peuple et bourgeois souhaitent une monarchie contrôlée. Au bout d’un mois, le tiers état se révolte contre les privilégiés et se transforme en Assemblée nationale Constituante(6).

Monnaies de bronze de 12 deniers et 2 sols à l’effigie de Louis XVI roi constitutionnel, 1791-92. La légende veut que ce soit à partir des profils présents sur les monnaies que l’on ait reconnu le roi en fuite vers l’étranger.

Une révolution en plusieurs phases

La nuit du 4 août 1789 est votée l’abolition des privilèges. Les nobles commencent à émigrer. C’est la fin de l’Ancien Régime. La fête de la Fédération(7) du 14 Juillet1790 sera l’affirmation de la nation, formée de citoyens libres(8) et égaux(9). Le roi a accepté une certaine dose de liberté, il se refuse à l’égalité. Il choisit la fuite en juin 1791. Reconnu, il est arrêté à Varennes et ramené aux Tuileries, à jamais déconsidéré.


La Révolution en guerre

Après Varennes, la fuite des nobles s’accélère. Le 20 avril 1792, la guerre est déclarée à l’Autriche(10). C’est une action contre les nobles émigrés qui s’arment et poussent les monarchies européennes contre la France révolutionnaire. Le 6 juillet la Prusse(11) entre en guerre. À la fin du mois d’août les frontières sont franchies. Longwy tombe le 23 août, Verdun le 2 septembre. La route de Paris est ouverte. L’Assemblée proclame la patrie en danger et appelle la nation aux armes.

Le peuple en armes

Le 26 août1792 l’Assemblée décrète une levée 30 000 volontaires à Paris et dans les départements voisins(12). Chaque canton doit fournir un nombre d’hommes déterminé. À Paris, au milieu d’une fête patriotique,15 000 volontaires enthousiastes s’inscrivirent en une semaine; la commune de Saint-Denis envoya 400 volontaires(13). À la campagne, les paysans sont plus réservés car les moissons et les vendanges à venir réclament leur présence. Les bras manquent d’autant plus, qu’en vertu de la loi du 22 juillet 1792, 113 hommes du département sont engagés dans les troupes de ligne(14). Lancé à Villiers-le-Bel le 3 septembre 1792, l’appel aux volontaires suscita l’inscription de 21 jeunes gens. Pour des raisons que l’on ignore deux noms furent rayés de la liste. Chacun des volontaires a été armé d’un fusil provenant de ceux appartenant à la commune(15). La commune n’ayant pas réuni l’effectif qui lui revenait, les autorités procédèrent à une désignation par tirage au sort. Un appel aux volontaires de l’année 1793 nous en donne les modalités(16). Neuf hommes étaient à trouver, cinq se sont proposés après exhortations du commissaire. Pour désigner le complément on adopta le tirage au sort. On fit la liste des citoyens de la commune et l’on fabriqua 68 billets numérotés de forme identique. Dans l’ordre de la liste, chaque citoyen est venu prendre son numéro. Ensuite, il a été fabriqué 62 billets blancs identiques et 5 billets de même grandeur portant la mention “défenseur de la Patrie”. Les 67 billets ont été pliés de même façon, déposés dans un récipient et mélangés. On s’est assuré que leur nombre correspondait au nombre des citoyens devant concourir (moins le maire). Puis chaque citoyen a tiré un billet à l’appel de son numéro. Les numéros 1, 8, 19, 23 et 48 désignèrent les partants aux armées. Les citoyens restants tirèrent leur numéro jusqu’au dernier. C’est probablement dans les mêmes conditions, qu’en septembre 1792, 4 personnes rejoignirent le groupe initial. Ce n’était décidément pas suffisant. Il fallut intervenir de façon décisive. Et là, une mention marginale ne laisse aucun doute sur le volontarisme de ces engagements : “3e départ ou réquisition”. Nous dénombrons 46 noms dont 3 furent rayés. De cette portion de liste assez confusément organisée, le scribe totalisa 35 individus. Probablement, certaines personnes ont-elles été inscrites comme potentiellement réquisitionnables et ne sont finalement pas parties. Quoi qu’il en soit, sur une population totale d’environ 1400 habitants une soixantaine d’hommes partirent sur les routes. Leur âge n’est pas indiqué mais nous retrouvons les 3/4 d’entre eux, alors enfants pour la plupart, dans le recensement de 1780. Trente neuf volontaires beauvillésois ont moins de 25 ans. La loi permettant de recruter désormais dans les classes d’âge de 16 à 18 ans, nous trouvons dix volontaires âgés de 16 et 17 ans. Le patriotisme des volontaires de 1792 compensait leur manque d’instruction militaire. Ils se dirigèrent vers le camp de Châlons-sur-Marne(17). Parfois sans uniforme et sans arme, conduits par des chefs inexpérimentés qu’ils venaient d’élire, ils communiquaient l’image d’une levée massive et résolue.

Étrange victoire

Le 20 septembre 1792, les troupes françaises pataugeaient dans la boue de l’Argonne(18), avec pour objectif de couper la route de Paris aux armées ennemies. Dumouriez contrôla les passages de l’Argonne et y adossa son armée, face à Paris. Ne pouvant avancer en laissant les troupes ennemies sur ses arrières, les Prussiens arrêtèrent leur progression. La butte de Valmy devint le centre du dispositif français. Pour l’essentiel, la bataille fut un étourdissant duel d’artillerie qui dura 4 heures, puis une impressionnante manoeuvre de l’infanterie prussienne qui se disposa en ordre de bataille. Bien que recevant le baptême du feu, les jeunes volontaires dominèrent leur peur et résistèrent. Après deux attaques repoussées et devant la belle tenue de ses hommes, Kellermann décida d’attaquer à son tour. Surpris, les Prussiens s’arrêtèrent. Le général prussien persuada alors son roi d’abandonner la partie. À la fin du jour, le combat cessa, les troupes bivouaquèrent sur place. Les Prussiens se replièrent sans être poursuivis. Les pertes furent de 184 Prussiens et de 300 Français(19). Les royaumes européens espéraient voir la France s’épuiser dans les luttes internes de sa révolution. Au lendemain de Valmy, le 22 septembre 1792, la Convention décida que les actes officiels seraient désormais datés de l’an I de la République.

Monnaies de bronze de 5 centimes et 1 décime du Directoire et du Consulat, an 5 (1796-97) et an 8 (1799-1800). Le profil de Louis XVI a laissé la place à la Marianne coiffée du bonnet phrygien.

Un mythe vivant

Valmy est le symbole de l’union entre l’armée et la nation. Héritage républicain, le mythe est présent dans la pensée des hommes d’action des jours difficiles (Gambetta, les Communards de 1870, Jaurès, la Résistance 1940-45). L’influence de cette image ne se limite pas à l’Hexagone, les révolutionnaires et les nationalistes des XIXe et XXe siècles s’y sont référés. Tous ont prôné la guerre du peuple réputé invincible, dès lors qu’il se bat pour une idée(19).

Tiré du numéro 2 
de la revue SAKAMO (printemps 2001), 
pages 2 à 5
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